Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for 25 octobre 2011

 

« You’re beautiful »

« 드라마들을 싫다 ». « Je n’aime pas les dramas ».

C’est ce que je répète aux nouveaux Coréens/Coréennes que je rencontre afin qu’ils/elles évitent de croire que je suis la (désormais légendaire) vague Hallyu. C’est une phrase qui sort de mes lèvres un peu brutalement, par peur d’être jugée après avoir déclaré « 한국 너무 좋아 », « J’adore la Corée ». Parce que, quand les Coréens/Coréennes ne s’étonnent pas que l’on s’intéresse à leur pays, c’est qu’ils ont déjà l’habitude de voir arriver des fans de Kpop et de dramas, prêts à leur balancer des « oppaaaa » et des « ppaegooppa » à tout va.

Donc, pour casser d’emblée cette potentielle image qui se dessine dans leur esprit, je sors cette réplique comme bouclier. Sauf que, non seulement c’est maladroit (parce qu’en Corée les domaines culturels sont si nettement connectés que renier le drama consiste à dénigrer une grande partie de la population comme les stars qui y passent forcément à un moment donné), mais en plus c’est faux. Il y a des dramas que j’aime. Même si, par définition, le drama est l’anti-cinéma, je crois en ses bienfaits et suis capable de l’apprécier.

Ce que j’entend par « drama » ce n’est pas « série ». Car ce n’est pas la même chose de mon point de vue. La série coréenne, c’est genre « IRIS », un gros truc avec effets spéciaux, multi personnages, rebondissements, etc… (nous y reviendrons). Non, pour moi le drama ce n’est pas tant les violons qui s’en mêlent (y a de sacrées scènes cucu dans « IRIS ») mais dans quoi est mis le budget.

Quand la lumière est naze, quand toute la narration passe par les dialogues (avec des flash backs pourris de ce qu’on a vu deux secondes avant) et que ça discute en interminable champ contre champ… non, ce n’est pas Ozu (là je suis sûrement sacrilège), c’est du drama, si vous mettez comme décor tout ce qu’il y a de plus luxueux et de kitsch et de musique tout ce qu’il y a de plus sirupeux. Car le drama, ça met son argent dans des hôtels, des appartements et maisons pas crédibles (ou plutôt show rooms), ça fait se déplacer les persos dans des bagnoles pas possibles et leur fait porter des habits de luxe. Et ce n’est pas tout…

Base du drama (adaptable à toute période historique et tout thème)

ELLE, alias JEUNE FILLE PURE

– est pauvre : c’est très rare que ce soit un « il », parce que l’effet Cendrillon fonctionne mieux.

– a vécu la perte de la mère ou du père. Parfois des deux.

– vit dans le Monde Commun : mais dans un Cocon Nacré bien à elle, souvent un appartement censé être pauvre (à croire que les réalisateurs de dramas n’ont jamais vu un vrai appartement pauvre) qu’elle partage souvent avec une Amie Neutre ou alors son dernier parent restant qui est affaibli ou malade.

– est toujours optimiste et prend sur elle : quand elle a un peu de caractère, c’est évidemment pour la bonne cause (défendre le plus opprimé qu’elle). Par défaut, elle respecte tout le monde, surtout ceux qui la traînent dans la boue comme la Méchante Dame. Tout ça parce qu’elle croit en son Rêve.

– est innocente et pure : n’a jamais eu de relation amoureuse avant, et doit absolument s’offusquer du Premier Baiser, oui, même si elle a 34 ans (voir « Baby Faced-Beauty » si vous ne me croyez pas). Ne s’habille jamais pour charmer et peut se comporter comme un garçon manqué.

– a un Rêve qui dépasse sa condition sociale. Il doit aussi rester pur jusqu’au bout, au point qu’elle accepte de l’abandonner pour prouver qu’elle sait se sacrifier. Bel exemple de l’attitude idéale que doit adopter la femme coréenne. Mais le Sale Beau Gosse empêchera son sacrifice.

LUI, alias SALE BEAU GOSSE

– est riche : c’est rare que ce soit un « elle », parce que l’effet… oui, bon, on a compris. Riche, de bonne famille et d’agréable constitution physique bien sûr. Il est l’objet de convoitises dans le Monde Superficiel comme dans le Monde Commun.

– a une attitude d’enfant pourri-gâté : c’est le seul élément logique du drama. Il se comporte mal parce qu’il possède tout. Il tombe amoureux de la Jeune Fille Pure car soit elle l’attendrit par sa bêtise, soit c’est la seule à lui faire la morale. Soit les deux.

– a un problème que personne autour de lui n’arrive à résoudre : un trauma qui compromet son destin d’héritier d’un empire financier, un caractère égoïste ou asocial, une mésentente avec le Patriarche, une solitude extrême, un chagrin d’amour (avec la Princesse Vaine)… Seule la Jeune Fille Pure pourra l’en sauver.

– vit dans le Monde Superficiel : il y est souvent un peu rebelle, pour le mettre en contraste avec le Prétendant.

LE PRÉTENDANT (il peut y en avoir plusieurs) :

C’est une sorte de double pour le Sale Beau Gosse, car il est souvent de la même famille, du même âge, du même statut social, sauf qu’il n’est pas rebelle au Monde Superficiel. Indispensable pivot de l’histoire, il est le premier du Monde Superficiel à bien s’entendre avec la Jeune Fille Pure. Ainsi, il accélère le processus amoureux car il se pose en rival du Sale Beau Gosse, qui va donc tenter de s’accaparer la Jeune Fille Pure. C’est le plus illogique du drama : il n’a pas de problème, il a tout pour réussir mais il fond quand même pour la Jeune Fille Pure, cette dernière finissant par lui préférer le Sale Beau Gosse. En général, le Prétendant le prend bien. Un vrai gentlemen.

L’AMIE NEUTRE

Pas nécessaire, c’est une figure qui peut prendre différents âges, souvent de sexe féminin. Généralement, c’est la colocataire, la soeur ou la voisine de la Jeune Fille Pure. Pas aussi pure qu’elle mais gentille quand même, elle est le témoin de l’action et écoute la Jeune Fille Pure lui raconter ses malheurs. Elle n’y peut rien, bien sûr. Parfois, elle fait des bourdes qui compliquent les choses. Elle peut aussi servir de comique de situation. Elle est un peu plus bête que la Jeune Fille Pure, donc il lui arrive de croire qu’elle est aimée du Sale Beau Gosse quand il vient au Cocon Nacré pour voir la Jeune Fille Pure. Mais quand elle se rend compte qu’il n’en est rien, elle le prend bien. Après tout, elle est neutre.

LA PRINCESSE VAINE

Double féminin du Sale Beau Gosse et s’est faite aimer de lui, même parfois du Prétendant. Elle croit qu’elle domine le Monde Superficiel mais se rend compte, après l’arrivée de la Jeune Fille Pure, que tout lui échappe. Alors elle va multiplier les excès de rage (illustré par un talon cassé ou un par égarement dans le Monde Commun) et les coups bas envers la Jeune Fille Pure. Elle va finir par comprendre la leçon quand le Sale Beau Gosse se retournera contre elle. Parfois, elle devient gentille et peut bénéficier de l’amour du Prétendant, et tous deux se consoleront ensemble de leur défaite.

LE PATRIARCHE

La figure de l’autorité, souvent père du Sale Beau Gosse. Caractère assez buté et impulsif, typique du maître de famille abusif. Il sera un obstacle pour la Jeune Fille Pure à un moment donné, mais ce sera souvent malgré lui (manipulation de la part de tiers, notamment de la Méchante Dame). Mais au fond, ce n’est pas un si mauvais bougre et il reconnaîtra « l’union » entre le Sale Beau Gosse et la Jeune Fille Pure (il faut bien qu’il donne son nom à la lignée…).

LA MÉCHANTE DAME (il peut y en avoir plusieurs)

Fait obstacle à la Jeune Fille Pure du début jusqu’à la fin. Plus assez jeune pour aimer ou rêver, elle est le résultat de la Princesse Vaine qui s’est sacrifiée à la manière de la Jeune Fille Pure. Et qui regrette son sacrifice. Elle peut être mère du Sale Beau Gosse, du Prétendant ou encore de la Princesse Vaine. Elle se venge de la vie en écrasant le faible et en manipulant le fort. Elle ne supporte pas que la Jeune Fille Pure réussisse là où elle-même a eu du mal à parvenir. La seule fois qu’elle se rend dans le Monde Commun, c’est pour menacer la Jeune Fille Pure (en cherchant aussi à la soudoyer et lui jeter de l’eau à la tête si celle-ci refuse). C’est l’image mythique de la belle-mère, qui reste digne dans le Mal.

LE MONDE SUPERFICIEL

Entreprise, empire financier, royaume… Peut prendre toutes les formes. C’est le bassin plein de requins dans lequel va être jetée la Jeune Fille Pure, et dont elle va évidemment en révolutionner l’ordre. Le Monde Superficiel est cité de façon hyper récurrente, par des plans de la même façade pendant tout le drama ou encore, plus subtil, par les médias qui en parlent. C’est pour rappeler où l’on se trouve, au cas où, d’une scène à l’autre, on aurait oublié…

LE MONDE COMMUN

Où vivent les prolétaires et la Jeune Fille Pure dans son Cocon Nacré. Le Sale Beau Gosse finit par s’y rendre par amour pour la Jeune Fille Pure, ou par y tomber sans faire exprès. C’est ainsi qu’il y comprend des Atroces Vérités subies par la Jeune Fille Pure au quotidien.

LES VISITES À L’HÔPITAL

Innombrables. Elles servent à tout, notamment pour régler une situation bloquée ou pour attendrir un personnage trop méchant. Elles surviennent quand on s’y attend, quoi. Et c’est toujours la même chambre.

LES PELUCHES

Tout est dans le titre.

LES ATROCES VÉRITÉS

Du point de vue des personnages du Monde Superficiel, ce sont tous les éléments qui peuplent le quotidien des gens du Monde Commun : manger du porc avec les doigts, dormir sur un matelas à même le sol, aller au supermarché, porter le même vêtement plusieurs fois, etc… Exotisme social ?Le visage du Sale Beau Gosse passe, en général, de l’étonnement à la compassion pour la vie de prolétaire dont il n’avait jamais, jusque-là, soupçonné l’existence. Ces Atroces Vérités l’aideront à évoluer.

LE PREMIER BAISER :

– action du Sale Beau Gosse quand le Prétendant menace ses plates-bandes. La Jeune Fille Pure ouvre de gros yeux ronds pour montrer qu’elle est sous le choc. Puis elle reprend ses esprits en envoyant valser le Sale Beau Gosse qui en veut à sa chasteté. C’est son unique occasion de manifester une véritable hystérie avec moult coups et insultes.

– si accidentel, c’est la même chose : le pauvre type se fait tabasser. En Corée on ne plaisante pas avec la Pureté. Et c’est une bonne occasion de faire une Visite à l’Hôpital.

Bref, je n’aime pas les dramas. Mais je ne les déteste pas. Après tout, c’est une arme redoutable contre l’ennui (c’est long), contre la déprime (c’est fun) et contre la solitude (ça se partage facilement). Ça permet aussi d’écouter régulièrement du coréen de tous les jours plutôt que des insultes de films de gangsters (je dis ça pour moi). Et puis si on en a marre on arrête, de toute façon on connaît la fin : la Jeune Fille Pure et le Sale Beau Gosse finissent ensemble. Ainsi va le monde.

« Goong »

Publicités

Read Full Post »

« Castaway on the Moon », de Lee Hae-Jun

Être bénévole peut certes faire tomber malade à force de rester debout dehors, mais permet aussi de se gaver de films gratos. Ainsi me restent encore beaucoup d’images fortes, de belles histoires, de personnages émouvants, qui ont confirmé un peu plus encore ma passion pour la Corée et son cinéma.

Mes coups de coeur du Festival (pour le reste, z’aviez qu’à être là)

Longs métrages :

« Castaway on the Moon » >>

 Titre original « Le journal de Kim ». Deux  Kim (nom hyper répandu en Corée)  marginaux, un  salarié au bord du suicide  et une jeune  fille recluse dans sa chambre, vont vivre en parallèle, puis en symbiose, une histoire très drôle et émouvante où, par le silence et les détails du décor, s’enclenche un hymne à la Vie. Les éléments de la société de consommation, devenus abstraits par leur abandon (échoués, cassés, vides…), sont récupérés, rassemblés et ainsi recyclés de façon inventive pour une nouvelle évolution humaine à échelle d’une île au milieu du fleuve Han. On se répète la sympathique leçon que la créativité bat encore au centre de l’urbanisme le plus indifférent. 

 << Dramatique mais jamais pathétique, ce remake d’un remake d’un rem… bref, exile la romance entre un Coréen et une Chinoise aux Etats-Unis. Lui en gigolo séducteur et beau parleur, elle en prisonnière bénéficiant d’une permission pour se rendre sur la tombe de sa mère. Leur attirance semblerait évidente, mais c’est par des jeux de regards, de mouvements des corps, de silence, de conversation de sourd, que s’exprime délicatement le désir d’une femme qui n’a pas eu de chance avec les hommes et d’un homme peu susceptible de tomber amoureux. Une très belle séquence dans un restaurant, avec la famille chinoise en deuil, laisse l’occasion au récit de luire d’un éclat cynique : où, sous prétexte d’une fourchette, le Coréen provoque l’assemblée solennelle pour permettre à la rage de la femme d’éclater enfin, hystérique car contenue pendant tant d’années. Ici l’absurdité de la dispute révèle tout l’énergie des deux protagonistes : le gigolo capable d’agir pour autrui, et la prisonnière d’ouvrir une faille sur sa douleur à ceux qui se prétendent « ses proches ».

« Bleak Night » >>

Ce n’est pas (que) l’influence du (très) beau réalisateur Yoon Sunghyun, présent au Festival, qui m’a fait apprécier ce film. C’est (aussi) l’originalité de cette histoire d’amitié entre garçons, dont la violence est toujours extériorisée dans les autres films et qui, là, s’intériorise de façon étonnante et touchante. Le rythme lent nous fait frôler l’ennui au début pour mieux nous secouer par le drame survenu dans les petits riens du quotidien (un mot de travers, un regard accusateur…) qui peuvent réduire à néant confiance en soi et envie de vivre. Un nouveau regard sur les rapports masculins, beaucoup plus pudiques que l’on ne croit.

 << « Miracle on Jongno Street », de Lee Hyuk-Sang.

Un petit bijou de documentaire, qui explore, fidèlement au style de ce réalisateur, des héros de l’ombre, les amenant à confier des choses terribles, parvenant à montrer leurs faille sans pathos et tout en valorisant leurs forces. On suit quatre homosexuels engagés, débordants d’énergie, d’amertume, d’amour et d’espoir, combattants pour leurs droits et ceux des autres (malades du Sida, immigrés…). Le film se regarde aussi agréablement qu’une fiction. J’avais déjà été impressionnée par « FTM », sur les transsexuels, et cette habileté à combattre les clichés sans haine envers la société.

Courts métrages :

 << « Jangmi Mansion » (trad : la résidence des roses) de Shin Hyun-Taek. Une mise en scène à la Hulot (dont l’hommage est indiqué au générique de fin) qui montre un chassé-croisé de personnages dans leur même immeuble, un peu écorchés par leur vie de voisinage pauvre, étriqué, bruyant, ponctué de règlements de compte mafieux, d’aboiements de chiens, de poubelles et d’amour jeté par la fenêtre. 

« Rough Education » de Cho Seunghyun >>

Dans un petit village pauvre, un jeune garçon essaie d’échapper à la surveillance de sa mère pour aller traîner avec un orphelin, faire des « pogs » avec des tracts de propagande nord-coréenne. Une atmosphère oppressée est finement construite, rappelant que le drame peut surgir dans le quotidien, à cause de la négligence des parents, et au beau milieu de jeux d’enfants. Une très amère tranche d’une certaine vie campagnarde coréenne. ET C’EST MOI QUI AI TRADUIT LES SOUS-TITRES ! ^_^

<< « Dead Drunken Master » de Choi Seungeun, une petite comédie qui prend la forme du film entre potes pour parler d’une réalité pesante dans le monde du travail en Corée : l’alcool comme devoir. Pour se faire respecter de ses collègues, signer un contrat, amadouer son patron, etc, c’est par la beuverie que ça passe. Le drame du personnage principal est de ne pas tenir le premier verre, ce qui en fait officiellement un looser. Sa rencontre avec un clochard maître d’arts martieux va tout changer… On ne résiste pas à la technique de l’homme ivre : ni méchant collègue, ni patron véreux, ni belle demoiselle. Ni le spectateur.

—————-

L’année prochaine, le Festival du Film Franco-Coréen troque son ambiguïté contre l’affirmation d’un nouveau nom : Festival du Film Coréen de Paris.

Le cinéma coréen est assez vaste, riche et dynamique pour se suffire à lui-même. On le savait déjà. Mais que signifie « film coréen » ? Est-ce la nationalité du réalisateur, des acteurs, des producteurs ? Est-ce le pays du tournage, est-ce un style, est-ce une âme ?

Un peu de tout cela. Si « Late Autumn » de Kim Tae-Yong est coréen, ce n’est pas seulement pour les charmantes pitreries de la star Hyun Bin. C’est aussi parce que, à travers cette romance avec une Chinoise incarnée par Tang Wei, à travers les paysages urbains de Seattle, à travers l’anglais américain qui sert à communiquer, ce film est coréen. Coréen par l’une de ses multiples facettes.

Souhaitons longue vie au FFCP ! Et toujours autant de :

File d’attente pour la séance

Public attentif

Chaleureuse ambiance

Read Full Post »