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Archive for the ‘Cinéphilies’ Category

Souvent, je sabote ma propre cinéphilie par une attitude à la fois nécessaire et exécrable, qui prend plusieurs formes et plusieurs noms : « rébellion contre les modes », « esprit de contradiction », « flemmardise », « à côté de la plaquisme »… Quand il s’agit d’Avatar, ça passe encore puisque ça permet d’éviter une queue de dix kilomètres devant la salle. Mais quand il s’agit d’un chef d’oeuvre… là, ça CRAINT.

Pour The Artist de Michel Hazanavicius (c’est pas sa faute mais il a un nom de méchant dans Astérix, lui… -_-)  je l’avoue, j’ai abusé. Au lieu de suivre l’enthousiaste Opinion Publique, je suis allée explorer ma perplexité à propos de Take Shelter (qui, malgré quelques belles scènes et le jeu d’acteur du héros, ne m’a pas impressionnée plus que ça). The Artist, c’est bizarre, mais plus on en parlait autour de moi et plus j’avais le sentiment d’un « acquis », de ne pas avoir besoin de voir quelque chose de si bien ficelé, si brillant, qui semble formaté pour recevoir des prix. D’habitude, quand la rumeur clame « C’est une vraie déclaration d’amour au cinéma !« , moi je grince des dents. Autant je comprend tout de suite lorsqu’un film n’est pas du cinéma, autant je me méfie de ceux qui prétendent l’être le plus. Pour The Artist je sentais puer le « cinélitiquement correct », un genre qui, pour cacher sa pénurie d’originalité mais rafler le titre « d’auteur » quand même, fornique avec les films cultes du passé. L’argument suprême de « déclaration d’amour au cinéma » sert de patte blanche dont beaucoup usent et abusent…

Bref, étant donné qu’il m’importe, sur ce blog, de parler de mes coups de coeur plutôt que de mes coups de gueule, je tenais juste ici à souligner comment The Artist m’a, en fait, bouleversée. J’ai béni son retour sur nos petits écrans français après son triomphe overseas. « Retour » ? C’était exactement ça. Le film m’a ramenée dans l’essence même de mes premiers cours de cinéma, au lycée, dans cette espèce de torpeur bienheureuse où l’on découvre le pourquoi, le comment et la beauté du noir et blanc, du muet, de ses panneaux noirs explicatifs et ses mimiques exagérées. Retour, par le scénario, sur le génial Singin’ in the Rain de Stanley Donen et Gene Kelly : même récit, sous forme de comédie pleine de grâce, du drame historique des acteurs du cinéma muet face à l’arrivée du parlant, où certains parviennent à s’adapter et où d’autrent se voient déchoir. Mais The Artist « retourne » encore plus loin en choisissant d’être tourné presque entièrement en muet. Le « presque » a été une délicatesse de plus : le son raccord s’immisce dans le film selon la prise de conscience du personnage principal sur la fragilité de sa carrière (en témoigne une superbe séquence où il rêve d’une plume qui chute silencieusement avant de lâcher un bruit d’explosion en touchant le sol… j’en ai eu des frissons).

Dans The Artist, le muet oblige les acteurs à ne jamais cesser de nous séduire par leur corps, par le dialogue de leurs regards, par la symbolique de leur gestuelle… C’est bon de retrouver un cinéma éloigné du « cinéma radio » français actuel surchargé de répliques qui expliquent trop l’image, c’est bon de guetter les mimiques, les ombres et les papillotements du noir et blanc, c’est bon de s’enfoncer dans cette atmosphère ouatée, bercé et tenus en haleine à la fois par la musique reprise de Vertigo de Hitchcock… et c’est bon de tout à coup plisser les yeux, monter les pommettes, comme si l’on allait rire, et de se mettre à sangloter comme ça, brutalement, sans s’y attendre, sous les coups d’oeils étonnés de vos amis de chaque côté de votre siège… C’est bon de se sentir concerné au plus profond de soi-même, submergé par l’émotion pure et sincère, c’est bon d’avoir cette facilité à adhérer à l’écran (et d’ailleurs, de s’être placé au premier rang, « comme les enfants et les cinéphiles » dit-on)… J’ai commencé à pleurer dans la scène où Elle court le rejoindre (y-a-t-il plus bel élan..?), et j’ai eu la vision complètement voilée de larmes quand Elle déroule la bobine du film qu’Il a conservé dans ses bras au péril de sa vie, et découvre qu’il s’agit de l’unique film qui les a réunis… Là, il y a eu craquement, éclatement, flot. J’ai pensé au Cinéma, à son Passé, son Présent, son Futur. Je me suis projetée dans le Cinéma : et moi, que vais-je devenir ?  J’ai pleuré comme la gamine que j’était devant Titanic à sa sortie, mais en plus précieux car je suis une adulte (et qu’à l’époque, je regrettais surtout la disparition de Di Caprio à l’écran, mais ça c’est une autre histoire) et que j’ai cette fois pleuré « consciemment » : je me suis faite avoir par la « déclaration d’amour au cinéma » et j’en étais reconnaissante.

Voilà, j’ai pleuré devant The Artist, et vous ?

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   Quand j’ai mis pour la première fois les pieds à Busan, grande ville portuaire dans la région de Gyeongsangdo, je ne parlais pas encore coréen et ne pouvais donc pas différencier les accents. C’est, une fois de plus, à travers le cinéma que j’ai « évolué » : les acteurs de « 친구 » (« Chingu », trad : « Friends »), qui se déroule à Busan, m’ont immédiatement saisie par les tonalités avec lesquelles ils s’expriment. Il faut savoir que Busan est une grande ville de cinéma (nous en parlerons dans un futur article).  Si elle aurait Marseille pour « jumelle » française, elle a largement plus de… « gueule ». Evidemment, dans l’esprit des gens de la lointaine capitale (Seoul et Paris), une ville portuaire de province suscite toujours un certain dédain. Le cinéma permet de lui restituer sa grandeur, sa beauté, sa force. Et de propager son langage.

   사투리 (« saturi ») signifie « patois ». Le parler de Gyeongsangdo peut très vite devenir incompréhensible à l’oreille d’un Seoulite, ce qui en fait donc davantage un patois qu’un accent. Comme le Marseillais, c’est un franc-parler, qui fait plus de vagues dans la phrase (je ne suis pas linguiste, hein, je fais comme je peux pour expliquer), qui sonne plus exclamatif, plus dense, plus appuyé, plus traînant… et assez rauque, surtout lorsqu’il s’agit d’un film de gangsters.

(Merci à l’ami Busanais qui a montré ce film à la fan de saturi que je suis ^-^ Dans cet extrait le personnage principal, que l’on voit prendre le téléphone, a pris le numéro de l’ex de sa copine pour lui dire d’arrêter de harceler celle-ci. S’ensuit une conversation assez marrante entre les deux voix qui essaient de clamer leur virilité bien « busanienne »… Puis notre héros, qui se fait un peu dépasser par les événements, tombe par chance sur la sorte de « milice étudiante » de son lycée, dont il fait partie, pour lui venir en aide… C’est sans sous-titres, ça force à se concentrer sur l’accent ahaha)

   On remarque dans ce genre de films que la capacité à rendre sa voix rocailleuse va de paire avec la hiérarchie : le big boss ou le plus salopard est toujours celui qui « grince » le plus. Dès que deux voyoux Busanais se font face, l’affrontement est physiologique avant d’être physique : le torse est bombé, les poings crispés mais la tête nonchalante, basculée vers l’arrière pour jauger son adversaire, les yeux s’écarquillent et semble sortir de leurs orbites (sans rouler, la fixité est plus efficace), le ton monte et la voix… s’éraille. Mais cela dépend des personnes, bien sûr (déjà entre hommes et femmes, les accents varient).

   Le « saturi » fait également très souvent fi des honorifiques normalement utilisés en coréen. On utilisera généralement une sorte de tutoiement, même envers ses parents (ce qui est plutôt étonnant pour des Coréens).

   L’exemple le plus courant donné par mes amis pour me faire différencier le parler de Gyeongsangdo avec le parler de Gyeonggido (région de Seoul), c’était au sujet de la nourriture (ben voyons, on est en Corée…) : « Tu as mangé ? » se dit d’un ton très « gentil » à Seoul et plus « brusque » à Busan. La différence ne se joue pas seulement au vocabulaire (les gens de Gyeongsando utilisent un langage plus vulgaire), mais vraiment à l’intonation de la fin de la phrase.  C’est assez intraduisible et plus efficacement compréhensible à l’oral (mais qu’est-ce qui m’a pris d’écrire un article sur le saturi..? -_-).

Je vous conseille de voir ces quelques autres films afin de vous faire l’oreille :

  

(Ci-dessus : « Friends », « Love », « Haewoondae »)

   Beaucoup trouvent des similitudes de ton dans le saturi de Gyeongsangdo et le japonais. C’est pertinent vu les aléas de l’Histoire, la proximité géographique et les échanges réguliers entre le port de Busan avec ceux du Japon.

   Il ne vous reste plus qu’à aller à Busan, ou à chercher des amis Busanais. Ils seront heureux de voir que vous vous y connaissez un peu, et que vous les priez de vous parler dans leur patois natal (alors que celui-ci peut amener les gens à se moquer d’eux, comme quand un Marseillais débarque à Paris quoi…)

   J’ai entendu souvent des hommes de Seoul se sentir en rivalité avec des Busanais. Mais ils apprécient les Busanaises, dont l’accent est (je cite) « mignon ».

   L’homme de Gyeongsangdo (enquête réalisée auprès d’amies Coréennes et expérimentée moi-même sur le terrain…) est essentiellement macho, certes, mais drôle. Sa voix grave dégage quelque chose de très sexy. Il se moque un peu de sa copine, mais il est très protecteur. Il préfère les actes que la parole. Il est bronzé (bah ouais, ça compte !) et il sait nager (contrairement aux gens des autres villes qui, bien souvent, ne se baignent qu’avec des bouées, nous en reparlerons). Puisque son père l’a sûrement emmené régulièrement à la pêche depuis son enfance, il peut toujours attraper du poisson pour faire vivre votre foyer en temps de crise. Par contre il risquera d’aller se saoûler la gueule (comme tout Coréen qui se respecte, de toute façon) avec ses petits copains et de vous rabrouer sévèrement si vous essayez de l’en empêcher… mais « this is the game », comme dirait l’autre. Parce que d’un autre côté, si votre Busanais est célèbre dans les bars et les restaus, vous mangez gratuitement quand vous l’accompagnez… ^^ Après, je ne sais pas ce que ça vaut après le mariage, je n’ai pas (encore) essayé.

Le petit truc en plus : si vous combinez « oppa » et « saturi », c’est vraiment cool. Laissez agir le charme solaire, naturel, fou, dynamique, d’un Oppa de Gyeongsangdo en chair et en os ^_^

PS : les accents des autres régions sont sûrement très intéressants aussi… Je marque juste ici mon coup de coeur pour Gyeongsangdo.

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Kim Kiduk, alias Kim Ki-Duk, alias Kim Kideok, alias Kim Ki-Deok… bref, 김기덕.

      

Vous connaissez sûrement ce réalisateur sud-coréen petit, pas hyper beau mais a l’air bonhomme, rafleurs de plusieurs prix à l’étranger notamment au Festival de Cannes… si, si vous le connaissez ! C’est lui qui a fait « Printemps, été, automne, hiver… et printemps » (« 봄 여름 가을 겨울 그리고 봄 », « Bom yeoleum gaeul kyeowool keuligo bom« ). Les spectateurs occidentaux le (re)connaissent à travers ce film imprégné de bouddhisme, très contemplatif, coloré, lent, délicat et… ignorent en grande majorité le reste de sa filmographie plutôt brutale, violente, sanglante et parfois même… indigeste.

Le jour où j’ai nommé mon disque dur « Kim Kiduk », c’était pour me remémorer les 5 années d’effroi, d’admiration et de passion que j’ai éprouvé pour ce réalisateur. Si vous trouvez cela un peu farfelu (bah oui, pourquoi ne pas simplement coller un post-it sur le mur avec un gros coeur ?), allez fouiller dans le bureau d’un professeur de cinéma, d’un technicien ou autre, vous constaterez que c’est d’usage courant (quand même plus sympa que « N°1 » et « N°2″… là je viens d’acquérir un second disque dur, que j’ai appelé « Park Chanwook » -« 박찬욱 »-… je récidive ^^) !

Bref. Kim Kiduk, j’en suis fan depuis le lycée (oui, vous savez, cette période sombre et tempétueuse où vous avez besoin de vous accrocher solidement à des gens que vous déifiez carrément pour vous échapper de votre triste réalité). Le premier film que j’ai vu de lui, c’était « Locataires » (« 빈집 », « binjip », qui ne signifie pas « locataires » mais « maison vide »). Je me souviens, ce jour-là, d’être sortie du cinéma MK2 Beaubourg émerveillée, me répétant « Kim Kiduuuk » en prononçant bien le « u » à la française, et me disant que, malgré mon hostilité envers la Corée (voir passage du flash back), tout ça m’avait l’air plutôt intéressant…

À l’époque j’étais à fond dans Akira Kurosawa et Wong Kar Wai. « Kim Kiduk », c’est un nom que j’ai retenu (peut-être à cause de l’allitération en « k », allez savoir avec les gens des filières littéraires), que j’ai alors décidé d’explorer. Quand par hasard s’est pointé un autre de ses films à la télé, je l’ai tranquillement regardé avec ma mère sur le canapé… enfin, pas si tranquillement que ça : il s’agissait de « Bad Guy » (« 나쁜 남자 », « Nappeun namja »), l’histoire platonique mais assez malsaine et violente entre une étudiante forcée à se prostituer et un voyou voyeur (ça suffit, les allitérations !). Peut-être n’étais-je pas assez mûre, pas assez ouverte d’esprit, bref, il me manquait les clés pour saisir le véritable sens de ce film, et surtout sa profonde, féroce, immense beauté. À ce moment-là, je m’en suis retournée à Kurosawa et Wong Kar Wai (ça tombait bien, WKW était notre sujet du Bac Cinéma, ce qui m’a été très très très bénéfique, mais là n’est pas le sujet…). Ce n’est que plus tard, grâce à un livre, que j’ai pu me lancer de nouveau dans l’exploration de la filmographie Kim Kiduk. Au Centre Culturel Coréen de Paris, j’ai vu ses premières oeuvres, d’une brutalité maladroite, comment il a osé montrer la cruauté du monde par la cruauté des scénarios et des images, sans faux-semblants, avec la volonté, comme il le dit en interview « de faire réfléchir les gens sur ceux qui ont fait mal à la Corée, aux Coréens« . Bouleversée, impressionnée, convaincue jusqu’au fond de mes entrailles de son originalité et de sa splendeur, j’ai décidé de faire mon mémoire de licence sur son cinéma.

Interrogeant tous les Coréens/Coréennes que je rencontrais, j’entendais souvent Kim Kiduk dénigré, voire ignoré avec mépris. Bien sûr, il a des inconditionnels adeptes en Corée aussi, mais personnellement j’en connais très peu. En France, il est généralement aimé, mais toujours pour les mêmes films, ses plus « softs ». Moi, il a donné un coup de jus à ma cinéphilie (comme beaucoup d’autres cinéastes coréens, mais nous y reviendrons) et à mes ambitions. « C’est donc possible de faire des films comme ça ? » me suis-je dit. Et alors, je me suis lâchée dans mes scénarios, et dans mon désir de voir du cinéma qui privilégie les personnages marginaux, le silence, le cadre, le regard et le hors champ.

Kim Kiduk est né en province, a travaillé très jeune dans une usine, a effectué son service militaire dans la Marine, puis a séjourné dans un temple bouddhiste avant de partir voyager en Europe, vendant ses peintures dans la rue, commençant à aller au cinéma… puis a écrit un scénario à son retour en Corée et à gagné un prix, qui a lancé sa machine bouillonnante de créativité et l’a amené jusqu’à aujourd’hui, auteur d’une vingtaine de films, tous tournés à la suite, presque avec frénésie :

악어 (« Ageo »  – « Crocodile », 1996) : scénariste et réalisateur. 

야생둥물 보호구역 (« Yasaengdoongmool bohogooyeok » – « Wild Animals », 1996/97) : scénariste et réalisateur.

파란대문 (« Ppalan daemun »  – « The Birdcage Inn », 1998) : scénariste et réalisateur.

실제상황 (« Shiljae sanghwang » – « Real Fiction », 2000) : scénariste et réalisateur.

 – (« Seom » – « L’Ile », 2000) : scénariste et réalisateur.

수취인불명 (« Suchwiin bulmyeong »« Adresse inconnue », 2001) : scénariste et réalisateur.

나쁜 남자 (« Nappeun namja »  – « Bad Guy », 2001) : scénariste et réalisateur.

해안선 (« Haeanseon » – « The Coast Guard », 2002) : scénariste et réalisateur.

여름 가을 겨울 그리고 (« Bom, yeoleum, gaeul, kyeowool keuligo bom » – « Printemps, été, automne, hiver… et printemps », 2003) : scénariste, réalisateur, acteur et monteur.

 –사마리아 (« Samalia » – « Samaria », 2004) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 – (« Bin jip » – « Locataires », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Hwal » – « L’Arc », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

시긴 (« Shigan » – « Time », 2006) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Soom » – « Souffle », 2007) : scénariste, producteur, réalisateur, acteur et monteur.

비몽 (« Bi mong » – « Dream », 2008) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 –영화는 영화다 (« Yeonghwa neun yeonghwa da » – « A movie is a movie » – 2008) : producteur uniquement.

 –아름답다 Areumdapta » – « Belle » 2008) : idée originale et producteur.

 –아리랑 (« Arirang », titre de la chanson traditionnelle la plus connue de Corée du Sud comme de Corée du Nord, véritable symbole de la mélancolie patriotique ; 2011, a reçu un prix dans la catégorie Un Certain Regard à Cannes).

– 풍산개 (« Ppoongsanggae », c’est le nom du chien national de Corée du Nord, 2011) : collaboration prévue de Kim Ki-Duk avec le réalisateur Jang Hoon, mais Jang Hoon s’est engagé sur un autre film et a finalement refusé de tourner « Ppoongsanggae ». 

Kim Kiduk, la vie l’a jeté hors des sentiers battus, empêché de recevoir une formation au cinéma, pas comme le tout aussi génial Lee Changdong (qui a fait « Poetry » -« 시 », la gloire de Cannes), l’a sûrement malmené pour le faire cracher le meilleur de lui-même. En cela il est, pour moi, quelque part, la métaphore de la Corée du Sud. Et il est, et sera pour toujours, bien l’une de ses multiples figures. À présent que le courant l’emporte au large (on va croire que je compose un requiem, alors qu’il est encore sur ses deux pieds, un ami à moi l’a croisé dans le métro après Cannes -je l’aurais tué, cet ami, mais bon- !!), pensons encore à Kim Kiduk, espérons qu’il ne s’abaisse pas à se formater aux goûts d’un public trop pourri de capitalisme et réclamant des fictions trop embellies, souhaitons qu’il nous balance encore ses films, comme des éclats de verres, pour mieux nous érafler, nous perturber, nous transformer, nous amener à de nouvelles dimensions où « il est impossible de savoir si le monde dans lequel nous vivons est rêve ou réalité » (dixit lui-même dans un panneau de « Locataires »).

 

Kim Kiduk, ne mets pas trop vite la tête sous l’eau comme la femme de la plage, dans cette scène récurrente à travers tes films, et continue plutôt de nous embarquer, comme dans le camion-bordel de « Bad Guy », vers un inconnu amer et palpitant !!!

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… peut en dire long sur le film (et prouver la valeur du travail de composition, de cadrage, de lumières etc). J’adore capturer aussi un sous-titre avec.

Inglorious Basterds, de Quentin Tarentino

 

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(Note : beaucoup de fonctions occupées par les gens ne distinguent pas le masculin et le féminin. Tradition débile oblige, j’ai mis la traduction au masculin. Et… ma romanisation du hangeul est approximative, hein… La liste est non exhaustive, elle s’allongera au fur et à mesure. Si vous souhaitez compléter, je vous en prie ^_^)

영화 yeonghwa : film, cinéma

극장 keukjang : cinéma (le lieu)

드라마 deulama : drama (série télévisée)

텔레비전 tellebijeon : télévision

프로그램 ppeulogeulam : programme

시나리오 sinalio = 각본 kakbon : scénario

시나리오작가 sinalio jagka = 각본작가 kakbon jagka : scénariste

감독 kamdok : réalisateur

생산자 saengsanja : producteur

배우 baewoo : acteur

스텝 seuttaep : staff

기술팀 kisoolttim : équipe technique

픽션 ppiksyeon : fiction

더큐 deokyoo : documentaire

단편 tanppyeon = 셧컷 syeottkeot : court-métrage

장편 jangppyeon : long-métrage

연출 yeonchool : mise en scène

등장인물 tteungjanginmool : personnage

남주인공 namjooingong : héros

여주인공 yeojooingong : héroïne

촬영 chwalyeong : tournage

촬영장소 chwalyeongjangso : lieu de tournage

세트를 짓다 saetteuleul jittda = 세트를 세우다 (plus naturel) saetteuleul saewooda : construire le décor

대한 daehan wanhan 이야기 : une histoire à propos de…

초점 맞추기 chojeom machugi = 포커스 랑 ppokeoseu lang : mise au point

영화제 yeonghwajae : festival de cinéma

공연 kongyeon : spectacle

제목 jaemok : titre

자막 jamak : sous-titres

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« You’re beautiful »

« 드라마들을 싫다 ». « Je n’aime pas les dramas ».

C’est ce que je répète aux nouveaux Coréens/Coréennes que je rencontre afin qu’ils/elles évitent de croire que je suis la (désormais légendaire) vague Hallyu. C’est une phrase qui sort de mes lèvres un peu brutalement, par peur d’être jugée après avoir déclaré « 한국 너무 좋아 », « J’adore la Corée ». Parce que, quand les Coréens/Coréennes ne s’étonnent pas que l’on s’intéresse à leur pays, c’est qu’ils ont déjà l’habitude de voir arriver des fans de Kpop et de dramas, prêts à leur balancer des « oppaaaa » et des « ppaegooppa » à tout va.

Donc, pour casser d’emblée cette potentielle image qui se dessine dans leur esprit, je sors cette réplique comme bouclier. Sauf que, non seulement c’est maladroit (parce qu’en Corée les domaines culturels sont si nettement connectés que renier le drama consiste à dénigrer une grande partie de la population comme les stars qui y passent forcément à un moment donné), mais en plus c’est faux. Il y a des dramas que j’aime. Même si, par définition, le drama est l’anti-cinéma, je crois en ses bienfaits et suis capable de l’apprécier.

Ce que j’entend par « drama » ce n’est pas « série ». Car ce n’est pas la même chose de mon point de vue. La série coréenne, c’est genre « IRIS », un gros truc avec effets spéciaux, multi personnages, rebondissements, etc… (nous y reviendrons). Non, pour moi le drama ce n’est pas tant les violons qui s’en mêlent (y a de sacrées scènes cucu dans « IRIS ») mais dans quoi est mis le budget.

Quand la lumière est naze, quand toute la narration passe par les dialogues (avec des flash backs pourris de ce qu’on a vu deux secondes avant) et que ça discute en interminable champ contre champ… non, ce n’est pas Ozu (là je suis sûrement sacrilège), c’est du drama, si vous mettez comme décor tout ce qu’il y a de plus luxueux et de kitsch et de musique tout ce qu’il y a de plus sirupeux. Car le drama, ça met son argent dans des hôtels, des appartements et maisons pas crédibles (ou plutôt show rooms), ça fait se déplacer les persos dans des bagnoles pas possibles et leur fait porter des habits de luxe. Et ce n’est pas tout…

Base du drama (adaptable à toute période historique et tout thème)

ELLE, alias JEUNE FILLE PURE

– est pauvre : c’est très rare que ce soit un « il », parce que l’effet Cendrillon fonctionne mieux.

– a vécu la perte de la mère ou du père. Parfois des deux.

– vit dans le Monde Commun : mais dans un Cocon Nacré bien à elle, souvent un appartement censé être pauvre (à croire que les réalisateurs de dramas n’ont jamais vu un vrai appartement pauvre) qu’elle partage souvent avec une Amie Neutre ou alors son dernier parent restant qui est affaibli ou malade.

– est toujours optimiste et prend sur elle : quand elle a un peu de caractère, c’est évidemment pour la bonne cause (défendre le plus opprimé qu’elle). Par défaut, elle respecte tout le monde, surtout ceux qui la traînent dans la boue comme la Méchante Dame. Tout ça parce qu’elle croit en son Rêve.

– est innocente et pure : n’a jamais eu de relation amoureuse avant, et doit absolument s’offusquer du Premier Baiser, oui, même si elle a 34 ans (voir « Baby Faced-Beauty » si vous ne me croyez pas). Ne s’habille jamais pour charmer et peut se comporter comme un garçon manqué.

– a un Rêve qui dépasse sa condition sociale. Il doit aussi rester pur jusqu’au bout, au point qu’elle accepte de l’abandonner pour prouver qu’elle sait se sacrifier. Bel exemple de l’attitude idéale que doit adopter la femme coréenne. Mais le Sale Beau Gosse empêchera son sacrifice.

LUI, alias SALE BEAU GOSSE

– est riche : c’est rare que ce soit un « elle », parce que l’effet… oui, bon, on a compris. Riche, de bonne famille et d’agréable constitution physique bien sûr. Il est l’objet de convoitises dans le Monde Superficiel comme dans le Monde Commun.

– a une attitude d’enfant pourri-gâté : c’est le seul élément logique du drama. Il se comporte mal parce qu’il possède tout. Il tombe amoureux de la Jeune Fille Pure car soit elle l’attendrit par sa bêtise, soit c’est la seule à lui faire la morale. Soit les deux.

– a un problème que personne autour de lui n’arrive à résoudre : un trauma qui compromet son destin d’héritier d’un empire financier, un caractère égoïste ou asocial, une mésentente avec le Patriarche, une solitude extrême, un chagrin d’amour (avec la Princesse Vaine)… Seule la Jeune Fille Pure pourra l’en sauver.

– vit dans le Monde Superficiel : il y est souvent un peu rebelle, pour le mettre en contraste avec le Prétendant.

LE PRÉTENDANT (il peut y en avoir plusieurs) :

C’est une sorte de double pour le Sale Beau Gosse, car il est souvent de la même famille, du même âge, du même statut social, sauf qu’il n’est pas rebelle au Monde Superficiel. Indispensable pivot de l’histoire, il est le premier du Monde Superficiel à bien s’entendre avec la Jeune Fille Pure. Ainsi, il accélère le processus amoureux car il se pose en rival du Sale Beau Gosse, qui va donc tenter de s’accaparer la Jeune Fille Pure. C’est le plus illogique du drama : il n’a pas de problème, il a tout pour réussir mais il fond quand même pour la Jeune Fille Pure, cette dernière finissant par lui préférer le Sale Beau Gosse. En général, le Prétendant le prend bien. Un vrai gentlemen.

L’AMIE NEUTRE

Pas nécessaire, c’est une figure qui peut prendre différents âges, souvent de sexe féminin. Généralement, c’est la colocataire, la soeur ou la voisine de la Jeune Fille Pure. Pas aussi pure qu’elle mais gentille quand même, elle est le témoin de l’action et écoute la Jeune Fille Pure lui raconter ses malheurs. Elle n’y peut rien, bien sûr. Parfois, elle fait des bourdes qui compliquent les choses. Elle peut aussi servir de comique de situation. Elle est un peu plus bête que la Jeune Fille Pure, donc il lui arrive de croire qu’elle est aimée du Sale Beau Gosse quand il vient au Cocon Nacré pour voir la Jeune Fille Pure. Mais quand elle se rend compte qu’il n’en est rien, elle le prend bien. Après tout, elle est neutre.

LA PRINCESSE VAINE

Double féminin du Sale Beau Gosse et s’est faite aimer de lui, même parfois du Prétendant. Elle croit qu’elle domine le Monde Superficiel mais se rend compte, après l’arrivée de la Jeune Fille Pure, que tout lui échappe. Alors elle va multiplier les excès de rage (illustré par un talon cassé ou un par égarement dans le Monde Commun) et les coups bas envers la Jeune Fille Pure. Elle va finir par comprendre la leçon quand le Sale Beau Gosse se retournera contre elle. Parfois, elle devient gentille et peut bénéficier de l’amour du Prétendant, et tous deux se consoleront ensemble de leur défaite.

LE PATRIARCHE

La figure de l’autorité, souvent père du Sale Beau Gosse. Caractère assez buté et impulsif, typique du maître de famille abusif. Il sera un obstacle pour la Jeune Fille Pure à un moment donné, mais ce sera souvent malgré lui (manipulation de la part de tiers, notamment de la Méchante Dame). Mais au fond, ce n’est pas un si mauvais bougre et il reconnaîtra « l’union » entre le Sale Beau Gosse et la Jeune Fille Pure (il faut bien qu’il donne son nom à la lignée…).

LA MÉCHANTE DAME (il peut y en avoir plusieurs)

Fait obstacle à la Jeune Fille Pure du début jusqu’à la fin. Plus assez jeune pour aimer ou rêver, elle est le résultat de la Princesse Vaine qui s’est sacrifiée à la manière de la Jeune Fille Pure. Et qui regrette son sacrifice. Elle peut être mère du Sale Beau Gosse, du Prétendant ou encore de la Princesse Vaine. Elle se venge de la vie en écrasant le faible et en manipulant le fort. Elle ne supporte pas que la Jeune Fille Pure réussisse là où elle-même a eu du mal à parvenir. La seule fois qu’elle se rend dans le Monde Commun, c’est pour menacer la Jeune Fille Pure (en cherchant aussi à la soudoyer et lui jeter de l’eau à la tête si celle-ci refuse). C’est l’image mythique de la belle-mère, qui reste digne dans le Mal.

LE MONDE SUPERFICIEL

Entreprise, empire financier, royaume… Peut prendre toutes les formes. C’est le bassin plein de requins dans lequel va être jetée la Jeune Fille Pure, et dont elle va évidemment en révolutionner l’ordre. Le Monde Superficiel est cité de façon hyper récurrente, par des plans de la même façade pendant tout le drama ou encore, plus subtil, par les médias qui en parlent. C’est pour rappeler où l’on se trouve, au cas où, d’une scène à l’autre, on aurait oublié…

LE MONDE COMMUN

Où vivent les prolétaires et la Jeune Fille Pure dans son Cocon Nacré. Le Sale Beau Gosse finit par s’y rendre par amour pour la Jeune Fille Pure, ou par y tomber sans faire exprès. C’est ainsi qu’il y comprend des Atroces Vérités subies par la Jeune Fille Pure au quotidien.

LES VISITES À L’HÔPITAL

Innombrables. Elles servent à tout, notamment pour régler une situation bloquée ou pour attendrir un personnage trop méchant. Elles surviennent quand on s’y attend, quoi. Et c’est toujours la même chambre.

LES PELUCHES

Tout est dans le titre.

LES ATROCES VÉRITÉS

Du point de vue des personnages du Monde Superficiel, ce sont tous les éléments qui peuplent le quotidien des gens du Monde Commun : manger du porc avec les doigts, dormir sur un matelas à même le sol, aller au supermarché, porter le même vêtement plusieurs fois, etc… Exotisme social ?Le visage du Sale Beau Gosse passe, en général, de l’étonnement à la compassion pour la vie de prolétaire dont il n’avait jamais, jusque-là, soupçonné l’existence. Ces Atroces Vérités l’aideront à évoluer.

LE PREMIER BAISER :

– action du Sale Beau Gosse quand le Prétendant menace ses plates-bandes. La Jeune Fille Pure ouvre de gros yeux ronds pour montrer qu’elle est sous le choc. Puis elle reprend ses esprits en envoyant valser le Sale Beau Gosse qui en veut à sa chasteté. C’est son unique occasion de manifester une véritable hystérie avec moult coups et insultes.

– si accidentel, c’est la même chose : le pauvre type se fait tabasser. En Corée on ne plaisante pas avec la Pureté. Et c’est une bonne occasion de faire une Visite à l’Hôpital.

Bref, je n’aime pas les dramas. Mais je ne les déteste pas. Après tout, c’est une arme redoutable contre l’ennui (c’est long), contre la déprime (c’est fun) et contre la solitude (ça se partage facilement). Ça permet aussi d’écouter régulièrement du coréen de tous les jours plutôt que des insultes de films de gangsters (je dis ça pour moi). Et puis si on en a marre on arrête, de toute façon on connaît la fin : la Jeune Fille Pure et le Sale Beau Gosse finissent ensemble. Ainsi va le monde.

« Goong »

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« Castaway on the Moon », de Lee Hae-Jun

Être bénévole peut certes faire tomber malade à force de rester debout dehors, mais permet aussi de se gaver de films gratos. Ainsi me restent encore beaucoup d’images fortes, de belles histoires, de personnages émouvants, qui ont confirmé un peu plus encore ma passion pour la Corée et son cinéma.

Mes coups de coeur du Festival (pour le reste, z’aviez qu’à être là)

Longs métrages :

« Castaway on the Moon » >>

 Titre original « Le journal de Kim ». Deux  Kim (nom hyper répandu en Corée)  marginaux, un  salarié au bord du suicide  et une jeune  fille recluse dans sa chambre, vont vivre en parallèle, puis en symbiose, une histoire très drôle et émouvante où, par le silence et les détails du décor, s’enclenche un hymne à la Vie. Les éléments de la société de consommation, devenus abstraits par leur abandon (échoués, cassés, vides…), sont récupérés, rassemblés et ainsi recyclés de façon inventive pour une nouvelle évolution humaine à échelle d’une île au milieu du fleuve Han. On se répète la sympathique leçon que la créativité bat encore au centre de l’urbanisme le plus indifférent. 

 << Dramatique mais jamais pathétique, ce remake d’un remake d’un rem… bref, exile la romance entre un Coréen et une Chinoise aux Etats-Unis. Lui en gigolo séducteur et beau parleur, elle en prisonnière bénéficiant d’une permission pour se rendre sur la tombe de sa mère. Leur attirance semblerait évidente, mais c’est par des jeux de regards, de mouvements des corps, de silence, de conversation de sourd, que s’exprime délicatement le désir d’une femme qui n’a pas eu de chance avec les hommes et d’un homme peu susceptible de tomber amoureux. Une très belle séquence dans un restaurant, avec la famille chinoise en deuil, laisse l’occasion au récit de luire d’un éclat cynique : où, sous prétexte d’une fourchette, le Coréen provoque l’assemblée solennelle pour permettre à la rage de la femme d’éclater enfin, hystérique car contenue pendant tant d’années. Ici l’absurdité de la dispute révèle tout l’énergie des deux protagonistes : le gigolo capable d’agir pour autrui, et la prisonnière d’ouvrir une faille sur sa douleur à ceux qui se prétendent « ses proches ».

« Bleak Night » >>

Ce n’est pas (que) l’influence du (très) beau réalisateur Yoon Sunghyun, présent au Festival, qui m’a fait apprécier ce film. C’est (aussi) l’originalité de cette histoire d’amitié entre garçons, dont la violence est toujours extériorisée dans les autres films et qui, là, s’intériorise de façon étonnante et touchante. Le rythme lent nous fait frôler l’ennui au début pour mieux nous secouer par le drame survenu dans les petits riens du quotidien (un mot de travers, un regard accusateur…) qui peuvent réduire à néant confiance en soi et envie de vivre. Un nouveau regard sur les rapports masculins, beaucoup plus pudiques que l’on ne croit.

 << « Miracle on Jongno Street », de Lee Hyuk-Sang.

Un petit bijou de documentaire, qui explore, fidèlement au style de ce réalisateur, des héros de l’ombre, les amenant à confier des choses terribles, parvenant à montrer leurs faille sans pathos et tout en valorisant leurs forces. On suit quatre homosexuels engagés, débordants d’énergie, d’amertume, d’amour et d’espoir, combattants pour leurs droits et ceux des autres (malades du Sida, immigrés…). Le film se regarde aussi agréablement qu’une fiction. J’avais déjà été impressionnée par « FTM », sur les transsexuels, et cette habileté à combattre les clichés sans haine envers la société.

Courts métrages :

 << « Jangmi Mansion » (trad : la résidence des roses) de Shin Hyun-Taek. Une mise en scène à la Hulot (dont l’hommage est indiqué au générique de fin) qui montre un chassé-croisé de personnages dans leur même immeuble, un peu écorchés par leur vie de voisinage pauvre, étriqué, bruyant, ponctué de règlements de compte mafieux, d’aboiements de chiens, de poubelles et d’amour jeté par la fenêtre. 

« Rough Education » de Cho Seunghyun >>

Dans un petit village pauvre, un jeune garçon essaie d’échapper à la surveillance de sa mère pour aller traîner avec un orphelin, faire des « pogs » avec des tracts de propagande nord-coréenne. Une atmosphère oppressée est finement construite, rappelant que le drame peut surgir dans le quotidien, à cause de la négligence des parents, et au beau milieu de jeux d’enfants. Une très amère tranche d’une certaine vie campagnarde coréenne. ET C’EST MOI QUI AI TRADUIT LES SOUS-TITRES ! ^_^

<< « Dead Drunken Master » de Choi Seungeun, une petite comédie qui prend la forme du film entre potes pour parler d’une réalité pesante dans le monde du travail en Corée : l’alcool comme devoir. Pour se faire respecter de ses collègues, signer un contrat, amadouer son patron, etc, c’est par la beuverie que ça passe. Le drame du personnage principal est de ne pas tenir le premier verre, ce qui en fait officiellement un looser. Sa rencontre avec un clochard maître d’arts martieux va tout changer… On ne résiste pas à la technique de l’homme ivre : ni méchant collègue, ni patron véreux, ni belle demoiselle. Ni le spectateur.

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L’année prochaine, le Festival du Film Franco-Coréen troque son ambiguïté contre l’affirmation d’un nouveau nom : Festival du Film Coréen de Paris.

Le cinéma coréen est assez vaste, riche et dynamique pour se suffire à lui-même. On le savait déjà. Mais que signifie « film coréen » ? Est-ce la nationalité du réalisateur, des acteurs, des producteurs ? Est-ce le pays du tournage, est-ce un style, est-ce une âme ?

Un peu de tout cela. Si « Late Autumn » de Kim Tae-Yong est coréen, ce n’est pas seulement pour les charmantes pitreries de la star Hyun Bin. C’est aussi parce que, à travers cette romance avec une Chinoise incarnée par Tang Wei, à travers les paysages urbains de Seattle, à travers l’anglais américain qui sert à communiquer, ce film est coréen. Coréen par l’une de ses multiples facettes.

Souhaitons longue vie au FFCP ! Et toujours autant de :

File d’attente pour la séance

Public attentif

Chaleureuse ambiance

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