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Archive for the ‘Cinéastes, mes muses’ Category

Kim Kiduk, alias Kim Ki-Duk, alias Kim Kideok, alias Kim Ki-Deok… bref, 김기덕.

      

Vous connaissez sûrement ce réalisateur sud-coréen petit, pas hyper beau mais a l’air bonhomme, rafleurs de plusieurs prix à l’étranger notamment au Festival de Cannes… si, si vous le connaissez ! C’est lui qui a fait « Printemps, été, automne, hiver… et printemps » (« 봄 여름 가을 겨울 그리고 봄 », « Bom yeoleum gaeul kyeowool keuligo bom« ). Les spectateurs occidentaux le (re)connaissent à travers ce film imprégné de bouddhisme, très contemplatif, coloré, lent, délicat et… ignorent en grande majorité le reste de sa filmographie plutôt brutale, violente, sanglante et parfois même… indigeste.

Le jour où j’ai nommé mon disque dur « Kim Kiduk », c’était pour me remémorer les 5 années d’effroi, d’admiration et de passion que j’ai éprouvé pour ce réalisateur. Si vous trouvez cela un peu farfelu (bah oui, pourquoi ne pas simplement coller un post-it sur le mur avec un gros coeur ?), allez fouiller dans le bureau d’un professeur de cinéma, d’un technicien ou autre, vous constaterez que c’est d’usage courant (quand même plus sympa que « N°1 » et « N°2″… là je viens d’acquérir un second disque dur, que j’ai appelé « Park Chanwook » -« 박찬욱 »-… je récidive ^^) !

Bref. Kim Kiduk, j’en suis fan depuis le lycée (oui, vous savez, cette période sombre et tempétueuse où vous avez besoin de vous accrocher solidement à des gens que vous déifiez carrément pour vous échapper de votre triste réalité). Le premier film que j’ai vu de lui, c’était « Locataires » (« 빈집 », « binjip », qui ne signifie pas « locataires » mais « maison vide »). Je me souviens, ce jour-là, d’être sortie du cinéma MK2 Beaubourg émerveillée, me répétant « Kim Kiduuuk » en prononçant bien le « u » à la française, et me disant que, malgré mon hostilité envers la Corée (voir passage du flash back), tout ça m’avait l’air plutôt intéressant…

À l’époque j’étais à fond dans Akira Kurosawa et Wong Kar Wai. « Kim Kiduk », c’est un nom que j’ai retenu (peut-être à cause de l’allitération en « k », allez savoir avec les gens des filières littéraires), que j’ai alors décidé d’explorer. Quand par hasard s’est pointé un autre de ses films à la télé, je l’ai tranquillement regardé avec ma mère sur le canapé… enfin, pas si tranquillement que ça : il s’agissait de « Bad Guy » (« 나쁜 남자 », « Nappeun namja »), l’histoire platonique mais assez malsaine et violente entre une étudiante forcée à se prostituer et un voyou voyeur (ça suffit, les allitérations !). Peut-être n’étais-je pas assez mûre, pas assez ouverte d’esprit, bref, il me manquait les clés pour saisir le véritable sens de ce film, et surtout sa profonde, féroce, immense beauté. À ce moment-là, je m’en suis retournée à Kurosawa et Wong Kar Wai (ça tombait bien, WKW était notre sujet du Bac Cinéma, ce qui m’a été très très très bénéfique, mais là n’est pas le sujet…). Ce n’est que plus tard, grâce à un livre, que j’ai pu me lancer de nouveau dans l’exploration de la filmographie Kim Kiduk. Au Centre Culturel Coréen de Paris, j’ai vu ses premières oeuvres, d’une brutalité maladroite, comment il a osé montrer la cruauté du monde par la cruauté des scénarios et des images, sans faux-semblants, avec la volonté, comme il le dit en interview « de faire réfléchir les gens sur ceux qui ont fait mal à la Corée, aux Coréens« . Bouleversée, impressionnée, convaincue jusqu’au fond de mes entrailles de son originalité et de sa splendeur, j’ai décidé de faire mon mémoire de licence sur son cinéma.

Interrogeant tous les Coréens/Coréennes que je rencontrais, j’entendais souvent Kim Kiduk dénigré, voire ignoré avec mépris. Bien sûr, il a des inconditionnels adeptes en Corée aussi, mais personnellement j’en connais très peu. En France, il est généralement aimé, mais toujours pour les mêmes films, ses plus « softs ». Moi, il a donné un coup de jus à ma cinéphilie (comme beaucoup d’autres cinéastes coréens, mais nous y reviendrons) et à mes ambitions. « C’est donc possible de faire des films comme ça ? » me suis-je dit. Et alors, je me suis lâchée dans mes scénarios, et dans mon désir de voir du cinéma qui privilégie les personnages marginaux, le silence, le cadre, le regard et le hors champ.

Kim Kiduk est né en province, a travaillé très jeune dans une usine, a effectué son service militaire dans la Marine, puis a séjourné dans un temple bouddhiste avant de partir voyager en Europe, vendant ses peintures dans la rue, commençant à aller au cinéma… puis a écrit un scénario à son retour en Corée et à gagné un prix, qui a lancé sa machine bouillonnante de créativité et l’a amené jusqu’à aujourd’hui, auteur d’une vingtaine de films, tous tournés à la suite, presque avec frénésie :

악어 (« Ageo »  – « Crocodile », 1996) : scénariste et réalisateur. 

야생둥물 보호구역 (« Yasaengdoongmool bohogooyeok » – « Wild Animals », 1996/97) : scénariste et réalisateur.

파란대문 (« Ppalan daemun »  – « The Birdcage Inn », 1998) : scénariste et réalisateur.

실제상황 (« Shiljae sanghwang » – « Real Fiction », 2000) : scénariste et réalisateur.

 – (« Seom » – « L’Ile », 2000) : scénariste et réalisateur.

수취인불명 (« Suchwiin bulmyeong »« Adresse inconnue », 2001) : scénariste et réalisateur.

나쁜 남자 (« Nappeun namja »  – « Bad Guy », 2001) : scénariste et réalisateur.

해안선 (« Haeanseon » – « The Coast Guard », 2002) : scénariste et réalisateur.

여름 가을 겨울 그리고 (« Bom, yeoleum, gaeul, kyeowool keuligo bom » – « Printemps, été, automne, hiver… et printemps », 2003) : scénariste, réalisateur, acteur et monteur.

 –사마리아 (« Samalia » – « Samaria », 2004) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 – (« Bin jip » – « Locataires », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Hwal » – « L’Arc », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

시긴 (« Shigan » – « Time », 2006) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Soom » – « Souffle », 2007) : scénariste, producteur, réalisateur, acteur et monteur.

비몽 (« Bi mong » – « Dream », 2008) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 –영화는 영화다 (« Yeonghwa neun yeonghwa da » – « A movie is a movie » – 2008) : producteur uniquement.

 –아름답다 Areumdapta » – « Belle » 2008) : idée originale et producteur.

 –아리랑 (« Arirang », titre de la chanson traditionnelle la plus connue de Corée du Sud comme de Corée du Nord, véritable symbole de la mélancolie patriotique ; 2011, a reçu un prix dans la catégorie Un Certain Regard à Cannes).

– 풍산개 (« Ppoongsanggae », c’est le nom du chien national de Corée du Nord, 2011) : collaboration prévue de Kim Ki-Duk avec le réalisateur Jang Hoon, mais Jang Hoon s’est engagé sur un autre film et a finalement refusé de tourner « Ppoongsanggae ». 

Kim Kiduk, la vie l’a jeté hors des sentiers battus, empêché de recevoir une formation au cinéma, pas comme le tout aussi génial Lee Changdong (qui a fait « Poetry » -« 시 », la gloire de Cannes), l’a sûrement malmené pour le faire cracher le meilleur de lui-même. En cela il est, pour moi, quelque part, la métaphore de la Corée du Sud. Et il est, et sera pour toujours, bien l’une de ses multiples figures. À présent que le courant l’emporte au large (on va croire que je compose un requiem, alors qu’il est encore sur ses deux pieds, un ami à moi l’a croisé dans le métro après Cannes -je l’aurais tué, cet ami, mais bon- !!), pensons encore à Kim Kiduk, espérons qu’il ne s’abaisse pas à se formater aux goûts d’un public trop pourri de capitalisme et réclamant des fictions trop embellies, souhaitons qu’il nous balance encore ses films, comme des éclats de verres, pour mieux nous érafler, nous perturber, nous transformer, nous amener à de nouvelles dimensions où « il est impossible de savoir si le monde dans lequel nous vivons est rêve ou réalité » (dixit lui-même dans un panneau de « Locataires »).

 

Kim Kiduk, ne mets pas trop vite la tête sous l’eau comme la femme de la plage, dans cette scène récurrente à travers tes films, et continue plutôt de nous embarquer, comme dans le camion-bordel de « Bad Guy », vers un inconnu amer et palpitant !!!

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