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Archive for the ‘DVDs coréens, mon butin’ Category

 

Je l’avais snobé en 2009 alors qu’il était à l’affiche en Corée… ce que j’ai terriblement regretté après l’avoir acheté en DVD. Comme il aurait été génial en grand écran ! En fait, l’affiche me faisait trop penser à un film d’aventure hollywoodien… mais le genre est détourné au profit d’un scénario plutôt original, qui inspire beaucoup.

La première scène : une jeep s’arrête dans un désert (pas possible en Corée, on devine donc qu’on se trouve en Australie). Un homme en sort, médite un moment puis se plaque un flingue sur la tempe. Coupure. On passe à Seoul…

(J’aime bien les premières scènes silencieuses et fortes à la fois.)

La suite ne fait que renforcer cette petite pression. Les personnages, tous différents et intéressants à leur manière, sont sélectionnés pour un jeu télévisé en pleine nature australienne, avec une grosse somme en cash à gagner. Eblouis, ils ne remarquent immédiatement pas les bizarreries qui se multiplient…

L’organisateur de ce grand jeu trouble est admirablement joué par 박희순 (Park Hee-Soon), mêlant exaltation et amertume dans son expression. Appelé « 감독 » (« le réalisateur ») par les joueurs terrorisés, il nous rappelle le sadisme et la folie que cette fonction implique, dans tous les films. Jusqu’où peut aller un réalisateur assoiffé de recréer la réalité ?

Ce que je trouve vraiment fascinant c’est cette nature couverte par les caméras, auxquelles rien n’échappe jamais. Une nature qui sert de décor à une jungle audiovisuelle. Sur les notions de « vie en société » et de « civilisation », le film nous questionne. Et trouve sa réponse.

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Un même clan mafieux se déclinant sous plusieurs « têtes » : un vieux chef qui, sur le point de se retirer, va mettre dans la mouise ses hommes les plus fidèles pour gagner plus d’argent (« trahissez plus pour gagner plus » xP ?), de super batailleurs qui partent en prison par dévotion envers leur chef, un homme trouillard qui va trahir ses anciens potes… euh… vous l’aurez compris, ici on trahit. Et on se venge aussi (un peu).

Ça pourrait être totalement dramatique comme dans « A Bitterweet Life » (dont nous reparlerons absolument), mais le film part aussi parfois bien en vrille burlesque avec de l’humour débile à la coréenne et des scènes improbables dans le style BD…

Convaincus par leur « leader » que le mur de la prison est friable, ils se précipitent tous dessus. Il n’y a que les films asiatiques pour oser faire naître une telle perplexité chez le spectateur…

Par cela, l’atmosphère se détend (et la qualité du film se détériore au passage ?), malgré les meurtres/suicides/règlements de compte/exécutions évidents du genre. Les personnages sont tout de même intéressants, entre force et tendresse ; hommes à l’amitié ambiguë (comme l’adorable « couple » que forment deux vieillards en prison , l’un ancien communiste et l’autre tueur en série, personnages secondaires qui étayent le décor et nous bouleversent assez) qui réfléchissent sur l’essence de la loyauté. Un moment divertissant, quoi.

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Muet depuis l’enfance passée à l’orphelinat, le héros est devenu tueur pour payer son opération. Mais un tueur avec des principes : il ne tue que les « vraies crapules », ne se nourrit que de fruits de mer et s’habille avec classe. Il est employé par une sorte d' »agence de tueurs avec des principes » qui ressemble parfois à un club de vacances, et a pour meilleur ami un ancien danseur classique qui tue avec une grande élégance. Secrètement, il espère retrouver la fille qui le protégeait à l’orphelinat alors qu’il se faisait martyriser, et qui reste le seul amour de sa vie. C’est alors que son rythme est perturbé par l’arrivée d’une femme mystérieuse et provocatrice, d’un petit garçon en fugue, et d’un clan mafieux très dangereux…

 

 

Scène d’ouverture : un toréador espagnol se pavane à la télé, regardé par un type – tout ce qu’il y a de plus coréen – fasciné comme un gosse et essayant de reproduire ses mouvements… Tout le film suit cet élan passionné, dramatique et comique, à travers un éclairage chaud en intérieur et froid à l’extérieur, mais toujours sensuel, valorisant corps et regards.

Les scènes de combat ne sont pas excellentes, mais nous touchent. Pourquoi ? Sans doute grâce aux personnages, traités avec relief et dont on ressent extraordinairement bien le caractère.

Dans le couple « homme fragile/femme forte » sont renouvelées les notions de masculin-féminin ; le corps de l’homme (objet du désir féminin) est filmé avec beaucoup de sensualité (nudité et visage en extase montrés, halètements et jouissance présents au son), chose rare dans le cinéma en général malheureusement toujours très phallocentrique.


Il ne semble pas y avoir de « personnage secondaire ». Tous les personnages ont une sorte de « droit de parole », comme le montre avec flagrante ironie la scène où le big boss du clan mafieux (acteur 김병옥 – Kim Byeong-Ok) est en train de violer une jeune fille et qu’il dit, comme à l’intention du spectateur « Moi aussi, j’ai une histoire !« . Le manichéen n’a ici aucun sens, comme dans beaucoup de thriller/films noir sud-coréens. Sont avant-tout valorisés des personnages qui palpitent, qui ont quelque chose à raconter. Et le réalisateur, en quelques touches habiles, parvient à suggérer leur poids narratif. Ce n’est pas chose facile que de marquer autant l’esprit du spectateur sans avoir recours aux clichés, dans un film à grand spectacle qui tend ainsi à rester « humain ».

[Voir futur article sur l’acteur 신하균 (Shin Ha-Kyoon) qui incarne superbement le héros de « No mercy for the rude »]

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AHA.

Quand fouiller ses archives d’ordi nous fait redécouvrir des parts de nous-mêmes… -_-

Lors de la sortie de ce film dans les salles françaises, j’avais été tant enthousiasmée que j’avais très mal supporté de lire une bête critique d’un journaliste français qualifiant ce film de « cinéma nouilles sautées » et le démontant sur tous les plans.

Rageuse, j’avais rédigé une longue défense que je comptais envoyer à la revue en question. Après m’être calmée, j’ai mis ce texte de côté et l’ai… oublié. L’acte de l’envoyer n’aurait, en lui-même, pas changé grand chose, mais l’écrire m’avait fait du bien.

En gros, j’y décrivais l’ambiance de l’énième séance à laquelle j’assistais, aimant repérer les nouveaux détails dans l’image, aimant guetter les réactions du public, pensant « Là, ils vont rire !.. Ah, tiens ? Ce Coréen, devant moi, ne rit pas… Ah, il rit quand les spectateurs français de rient pas, c’est donc qu’une subtilité nous échappe…« 

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Je parlais du

« générique si rythmé : un aigle fonce sur un chemin de fer où gît un cadavre d’animal disputé par des corbeaux ; à l’instant où ses serres les leur confisque, un train jaillit du bord cadre en sifflant, en direction de l’horizon ouvert par la profondeur de champ. On se sent donc à la fois attrapé et emporté. La musique battante s’élève, se mêlant aux bruits de soufflets de fumée, crissements des rails, et nous plonge directement dans une ambiance crépitante.

Ce n’est donc pas, et ne vous en déplaise, [le journaliste], une parodie de western. Il s’agit d’une adaptation du genre western, élaborée pour l’Asie. Les codes empruntent au western mais se fondent avec le contexte historique asiatique. L’Asie aussi a ses grands espaces, ses déserts, qui impliquent les mêmes problématiques que le western américain : la conquête et la défense d’un territoire, l’errance, la corruption, la vengeance…

Qui pourrait trancher, dans le chaos de cultures qui traversent dans cette Mandchourie des années 30, ces flux malsains de troupes japonaises impérialistes, ces groupes de voleurs chinois et russes, ces collabos coréens qui vendent leur pays, ces trafiquants d’opium, ces prostituées, ces chercheurs de trésors..? »

Je déplorais le fait qu’on puisse encore prendre de haut le cinéma asiatique dès qu’il nous devient plus accessible, dès qu’il a l’audâââce de ne pas rester sagement mystérieusement exotique et de dépenser des énormes budgets pour nous en mettre plein la vue avec nos propres codes classiques, tout en y ajoutant sa touche personnelle qui en fait quelque chose de terriblement plus intense. Ce journaliste rabaissait excessivement ce film, avec cette arrogance typiquement occidentale, comme si avoir inventé le Cinématographe en France nous rendait maîtres incontestés du cinéma. Le temps a passé, réveillez-vous !

J’ai conclu que « l’aspect spectaculaire des courses-poursuites n’est pas gratuit, c’est un grand charivari sanglant et pétaradant qui est mis en marche à travers le désert mandchou, comme rien n’arrête la marche de l’Histoire, des histoires.

La phrase que se passent les protagonistes « Mais c’est qui ce con ? » sous-entend ironiquement le choc des nationalités en exil, le choc des cultures en péril. Ici est flagrante l’absurdité du combat, entre canons et armes primitives, entre chevaux, tanks et side-car. Les héros viennent s’entretuer sur un terrain duquel sort un geyser de pétrole, richesse naturelle dont ils ne peuvent pas se douter. »

Bref, ça fait carrément pompeux de se citer, dis donc ^^

Mais j’avais écrit ça avec colère, et il fallait le remettre tel quel sinon c’est pas drôle.


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