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Archive for the ‘Films autres, mes coups de coeurs’ Category

Souvent, je sabote ma propre cinéphilie par une attitude à la fois nécessaire et exécrable, qui prend plusieurs formes et plusieurs noms : « rébellion contre les modes », « esprit de contradiction », « flemmardise », « à côté de la plaquisme »… Quand il s’agit d’Avatar, ça passe encore puisque ça permet d’éviter une queue de dix kilomètres devant la salle. Mais quand il s’agit d’un chef d’oeuvre… là, ça CRAINT.

Pour The Artist de Michel Hazanavicius (c’est pas sa faute mais il a un nom de méchant dans Astérix, lui… -_-)  je l’avoue, j’ai abusé. Au lieu de suivre l’enthousiaste Opinion Publique, je suis allée explorer ma perplexité à propos de Take Shelter (qui, malgré quelques belles scènes et le jeu d’acteur du héros, ne m’a pas impressionnée plus que ça). The Artist, c’est bizarre, mais plus on en parlait autour de moi et plus j’avais le sentiment d’un « acquis », de ne pas avoir besoin de voir quelque chose de si bien ficelé, si brillant, qui semble formaté pour recevoir des prix. D’habitude, quand la rumeur clame « C’est une vraie déclaration d’amour au cinéma !« , moi je grince des dents. Autant je comprend tout de suite lorsqu’un film n’est pas du cinéma, autant je me méfie de ceux qui prétendent l’être le plus. Pour The Artist je sentais puer le « cinélitiquement correct », un genre qui, pour cacher sa pénurie d’originalité mais rafler le titre « d’auteur » quand même, fornique avec les films cultes du passé. L’argument suprême de « déclaration d’amour au cinéma » sert de patte blanche dont beaucoup usent et abusent…

Bref, étant donné qu’il m’importe, sur ce blog, de parler de mes coups de coeur plutôt que de mes coups de gueule, je tenais juste ici à souligner comment The Artist m’a, en fait, bouleversée. J’ai béni son retour sur nos petits écrans français après son triomphe overseas. « Retour » ? C’était exactement ça. Le film m’a ramenée dans l’essence même de mes premiers cours de cinéma, au lycée, dans cette espèce de torpeur bienheureuse où l’on découvre le pourquoi, le comment et la beauté du noir et blanc, du muet, de ses panneaux noirs explicatifs et ses mimiques exagérées. Retour, par le scénario, sur le génial Singin’ in the Rain de Stanley Donen et Gene Kelly : même récit, sous forme de comédie pleine de grâce, du drame historique des acteurs du cinéma muet face à l’arrivée du parlant, où certains parviennent à s’adapter et où d’autrent se voient déchoir. Mais The Artist « retourne » encore plus loin en choisissant d’être tourné presque entièrement en muet. Le « presque » a été une délicatesse de plus : le son raccord s’immisce dans le film selon la prise de conscience du personnage principal sur la fragilité de sa carrière (en témoigne une superbe séquence où il rêve d’une plume qui chute silencieusement avant de lâcher un bruit d’explosion en touchant le sol… j’en ai eu des frissons).

Dans The Artist, le muet oblige les acteurs à ne jamais cesser de nous séduire par leur corps, par le dialogue de leurs regards, par la symbolique de leur gestuelle… C’est bon de retrouver un cinéma éloigné du « cinéma radio » français actuel surchargé de répliques qui expliquent trop l’image, c’est bon de guetter les mimiques, les ombres et les papillotements du noir et blanc, c’est bon de s’enfoncer dans cette atmosphère ouatée, bercé et tenus en haleine à la fois par la musique reprise de Vertigo de Hitchcock… et c’est bon de tout à coup plisser les yeux, monter les pommettes, comme si l’on allait rire, et de se mettre à sangloter comme ça, brutalement, sans s’y attendre, sous les coups d’oeils étonnés de vos amis de chaque côté de votre siège… C’est bon de se sentir concerné au plus profond de soi-même, submergé par l’émotion pure et sincère, c’est bon d’avoir cette facilité à adhérer à l’écran (et d’ailleurs, de s’être placé au premier rang, « comme les enfants et les cinéphiles » dit-on)… J’ai commencé à pleurer dans la scène où Elle court le rejoindre (y-a-t-il plus bel élan..?), et j’ai eu la vision complètement voilée de larmes quand Elle déroule la bobine du film qu’Il a conservé dans ses bras au péril de sa vie, et découvre qu’il s’agit de l’unique film qui les a réunis… Là, il y a eu craquement, éclatement, flot. J’ai pensé au Cinéma, à son Passé, son Présent, son Futur. Je me suis projetée dans le Cinéma : et moi, que vais-je devenir ?  J’ai pleuré comme la gamine que j’était devant Titanic à sa sortie, mais en plus précieux car je suis une adulte (et qu’à l’époque, je regrettais surtout la disparition de Di Caprio à l’écran, mais ça c’est une autre histoire) et que j’ai cette fois pleuré « consciemment » : je me suis faite avoir par la « déclaration d’amour au cinéma » et j’en étais reconnaissante.

Voilà, j’ai pleuré devant The Artist, et vous ?

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Où quand sécher ses cours d’Économie du Cinéma pour aller vraiment au cinéma vous met dans un état pas possible… pas par souci d’avoir manqué à l’appel du prof, non… mais parce que le film que vous avez choisi pour votre école buissonnière est de ceux qui vous assènent des tremblements de terre jusqu’au fond du coeur.

« La Vénus Noire », film sur lequel je regrette seulement de ne pas avoir écrit plutôt… Film, ai-je dit ? « Fiction inspirée d’une histoire vraie ». Mais que signifient les mentions ? Sont-elles vraies, ces mentions, d’ailleurs..?

Une fiction crue, qui vous enfonce un couteau et qui le remue pendant 2 heures. Mais jamais vous ne lui en voulez. Vous avez besoin de ce tourment. C’est le prix à payer pour voir ce film. Pour voir l’ignominie décrite sans scrupules, montrée sans honte, c’est à dire battue avec ses propres armes.

Je me tordais de honte, de rage et de dépit sur mon siège. Je pleurais face à la vérité que cette fiction m’a montrée. Un quelconque documentaire n’aurait pas su me montrer cette vérité acérée, cuisante, indélébile.

Ce film m’a blessée, et je l’en remercie.

Impossible à décrire, à raconter. Les mots ne suffisent pas. C’est de l’image pure. C’est du vrai cinéma.

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