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Souvent, je sabote ma propre cinéphilie par une attitude à la fois nécessaire et exécrable, qui prend plusieurs formes et plusieurs noms : « rébellion contre les modes », « esprit de contradiction », « flemmardise », « à côté de la plaquisme »… Quand il s’agit d’Avatar, ça passe encore puisque ça permet d’éviter une queue de dix kilomètres devant la salle. Mais quand il s’agit d’un chef d’oeuvre… là, ça CRAINT.

Pour The Artist de Michel Hazanavicius (c’est pas sa faute mais il a un nom de méchant dans Astérix, lui… -_-)  je l’avoue, j’ai abusé. Au lieu de suivre l’enthousiaste Opinion Publique, je suis allée explorer ma perplexité à propos de Take Shelter (qui, malgré quelques belles scènes et le jeu d’acteur du héros, ne m’a pas impressionnée plus que ça). The Artist, c’est bizarre, mais plus on en parlait autour de moi et plus j’avais le sentiment d’un « acquis », de ne pas avoir besoin de voir quelque chose de si bien ficelé, si brillant, qui semble formaté pour recevoir des prix. D’habitude, quand la rumeur clame « C’est une vraie déclaration d’amour au cinéma !« , moi je grince des dents. Autant je comprend tout de suite lorsqu’un film n’est pas du cinéma, autant je me méfie de ceux qui prétendent l’être le plus. Pour The Artist je sentais puer le « cinélitiquement correct », un genre qui, pour cacher sa pénurie d’originalité mais rafler le titre « d’auteur » quand même, fornique avec les films cultes du passé. L’argument suprême de « déclaration d’amour au cinéma » sert de patte blanche dont beaucoup usent et abusent…

Bref, étant donné qu’il m’importe, sur ce blog, de parler de mes coups de coeur plutôt que de mes coups de gueule, je tenais juste ici à souligner comment The Artist m’a, en fait, bouleversée. J’ai béni son retour sur nos petits écrans français après son triomphe overseas. « Retour » ? C’était exactement ça. Le film m’a ramenée dans l’essence même de mes premiers cours de cinéma, au lycée, dans cette espèce de torpeur bienheureuse où l’on découvre le pourquoi, le comment et la beauté du noir et blanc, du muet, de ses panneaux noirs explicatifs et ses mimiques exagérées. Retour, par le scénario, sur le génial Singin’ in the Rain de Stanley Donen et Gene Kelly : même récit, sous forme de comédie pleine de grâce, du drame historique des acteurs du cinéma muet face à l’arrivée du parlant, où certains parviennent à s’adapter et où d’autrent se voient déchoir. Mais The Artist « retourne » encore plus loin en choisissant d’être tourné presque entièrement en muet. Le « presque » a été une délicatesse de plus : le son raccord s’immisce dans le film selon la prise de conscience du personnage principal sur la fragilité de sa carrière (en témoigne une superbe séquence où il rêve d’une plume qui chute silencieusement avant de lâcher un bruit d’explosion en touchant le sol… j’en ai eu des frissons).

Dans The Artist, le muet oblige les acteurs à ne jamais cesser de nous séduire par leur corps, par le dialogue de leurs regards, par la symbolique de leur gestuelle… C’est bon de retrouver un cinéma éloigné du « cinéma radio » français actuel surchargé de répliques qui expliquent trop l’image, c’est bon de guetter les mimiques, les ombres et les papillotements du noir et blanc, c’est bon de s’enfoncer dans cette atmosphère ouatée, bercé et tenus en haleine à la fois par la musique reprise de Vertigo de Hitchcock… et c’est bon de tout à coup plisser les yeux, monter les pommettes, comme si l’on allait rire, et de se mettre à sangloter comme ça, brutalement, sans s’y attendre, sous les coups d’oeils étonnés de vos amis de chaque côté de votre siège… C’est bon de se sentir concerné au plus profond de soi-même, submergé par l’émotion pure et sincère, c’est bon d’avoir cette facilité à adhérer à l’écran (et d’ailleurs, de s’être placé au premier rang, « comme les enfants et les cinéphiles » dit-on)… J’ai commencé à pleurer dans la scène où Elle court le rejoindre (y-a-t-il plus bel élan..?), et j’ai eu la vision complètement voilée de larmes quand Elle déroule la bobine du film qu’Il a conservé dans ses bras au péril de sa vie, et découvre qu’il s’agit de l’unique film qui les a réunis… Là, il y a eu craquement, éclatement, flot. J’ai pensé au Cinéma, à son Passé, son Présent, son Futur. Je me suis projetée dans le Cinéma : et moi, que vais-je devenir ?  J’ai pleuré comme la gamine que j’était devant Titanic à sa sortie, mais en plus précieux car je suis une adulte (et qu’à l’époque, je regrettais surtout la disparition de Di Caprio à l’écran, mais ça c’est une autre histoire) et que j’ai cette fois pleuré « consciemment » : je me suis faite avoir par la « déclaration d’amour au cinéma » et j’en étais reconnaissante.

Voilà, j’ai pleuré devant The Artist, et vous ?


   Quand j’ai mis pour la première fois les pieds à Busan, grande ville portuaire dans la région de Gyeongsangdo, je ne parlais pas encore coréen et ne pouvais donc pas différencier les accents. C’est, une fois de plus, à travers le cinéma que j’ai « évolué » : les acteurs de « 친구 » (« Chingu », trad : « Friends »), qui se déroule à Busan, m’ont immédiatement saisie par les tonalités avec lesquelles ils s’expriment. Il faut savoir que Busan est une grande ville de cinéma (nous en parlerons dans un futur article).  Si elle aurait Marseille pour « jumelle » française, elle a largement plus de… « gueule ». Evidemment, dans l’esprit des gens de la lointaine capitale (Seoul et Paris), une ville portuaire de province suscite toujours un certain dédain. Le cinéma permet de lui restituer sa grandeur, sa beauté, sa force. Et de propager son langage.

   사투리 (« saturi ») signifie « patois ». Le parler de Gyeongsangdo peut très vite devenir incompréhensible à l’oreille d’un Seoulite, ce qui en fait donc davantage un patois qu’un accent. Comme le Marseillais, c’est un franc-parler, qui fait plus de vagues dans la phrase (je ne suis pas linguiste, hein, je fais comme je peux pour expliquer), qui sonne plus exclamatif, plus dense, plus appuyé, plus traînant… et assez rauque, surtout lorsqu’il s’agit d’un film de gangsters.

(Merci à l’ami Busanais qui a montré ce film à la fan de saturi que je suis ^-^ Dans cet extrait le personnage principal, que l’on voit prendre le téléphone, a pris le numéro de l’ex de sa copine pour lui dire d’arrêter de harceler celle-ci. S’ensuit une conversation assez marrante entre les deux voix qui essaient de clamer leur virilité bien « busanienne »… Puis notre héros, qui se fait un peu dépasser par les événements, tombe par chance sur la sorte de « milice étudiante » de son lycée, dont il fait partie, pour lui venir en aide… C’est sans sous-titres, ça force à se concentrer sur l’accent ahaha)

   On remarque dans ce genre de films que la capacité à rendre sa voix rocailleuse va de paire avec la hiérarchie : le big boss ou le plus salopard est toujours celui qui « grince » le plus. Dès que deux voyoux Busanais se font face, l’affrontement est physiologique avant d’être physique : le torse est bombé, les poings crispés mais la tête nonchalante, basculée vers l’arrière pour jauger son adversaire, les yeux s’écarquillent et semble sortir de leurs orbites (sans rouler, la fixité est plus efficace), le ton monte et la voix… s’éraille. Mais cela dépend des personnes, bien sûr (déjà entre hommes et femmes, les accents varient).

   Le « saturi » fait également très souvent fi des honorifiques normalement utilisés en coréen. On utilisera généralement une sorte de tutoiement, même envers ses parents (ce qui est plutôt étonnant pour des Coréens).

   L’exemple le plus courant donné par mes amis pour me faire différencier le parler de Gyeongsangdo avec le parler de Gyeonggido (région de Seoul), c’était au sujet de la nourriture (ben voyons, on est en Corée…) : « Tu as mangé ? » se dit d’un ton très « gentil » à Seoul et plus « brusque » à Busan. La différence ne se joue pas seulement au vocabulaire (les gens de Gyeongsando utilisent un langage plus vulgaire), mais vraiment à l’intonation de la fin de la phrase.  C’est assez intraduisible et plus efficacement compréhensible à l’oral (mais qu’est-ce qui m’a pris d’écrire un article sur le saturi..? -_-).

Je vous conseille de voir ces quelques autres films afin de vous faire l’oreille :

  

(Ci-dessus : « Friends », « Love », « Haewoondae »)

   Beaucoup trouvent des similitudes de ton dans le saturi de Gyeongsangdo et le japonais. C’est pertinent vu les aléas de l’Histoire, la proximité géographique et les échanges réguliers entre le port de Busan avec ceux du Japon.

   Il ne vous reste plus qu’à aller à Busan, ou à chercher des amis Busanais. Ils seront heureux de voir que vous vous y connaissez un peu, et que vous les priez de vous parler dans leur patois natal (alors que celui-ci peut amener les gens à se moquer d’eux, comme quand un Marseillais débarque à Paris quoi…)

   J’ai entendu souvent des hommes de Seoul se sentir en rivalité avec des Busanais. Mais ils apprécient les Busanaises, dont l’accent est (je cite) « mignon ».

   L’homme de Gyeongsangdo (enquête réalisée auprès d’amies Coréennes et expérimentée moi-même sur le terrain…) est essentiellement macho, certes, mais drôle. Sa voix grave dégage quelque chose de très sexy. Il se moque un peu de sa copine, mais il est très protecteur. Il préfère les actes que la parole. Il est bronzé (bah ouais, ça compte !) et il sait nager (contrairement aux gens des autres villes qui, bien souvent, ne se baignent qu’avec des bouées, nous en reparlerons). Puisque son père l’a sûrement emmené régulièrement à la pêche depuis son enfance, il peut toujours attraper du poisson pour faire vivre votre foyer en temps de crise. Par contre il risquera d’aller se saoûler la gueule (comme tout Coréen qui se respecte, de toute façon) avec ses petits copains et de vous rabrouer sévèrement si vous essayez de l’en empêcher… mais « this is the game », comme dirait l’autre. Parce que d’un autre côté, si votre Busanais est célèbre dans les bars et les restaus, vous mangez gratuitement quand vous l’accompagnez… ^^ Après, je ne sais pas ce que ça vaut après le mariage, je n’ai pas (encore) essayé.

Le petit truc en plus : si vous combinez « oppa » et « saturi », c’est vraiment cool. Laissez agir le charme solaire, naturel, fou, dynamique, d’un Oppa de Gyeongsangdo en chair et en os ^_^

PS : les accents des autres régions sont sûrement très intéressants aussi… Je marque juste ici mon coup de coeur pour Gyeongsangdo.

Oppa ou pas oppa ?


« 오빠 » (« oppa ») = « grand frère », d’un point de vue féminin

L’un des premiers mots que les étrangers retiennent, il surgit soit au chapitre « relations familiales » du livre de coréen, soit (et plus couramment) dès le premier épisode d’un drama. Il est facile à prononcer, même si certains le confondent avec « 아빠 » (« appa » ; « papa », notez la ressemblance phonétique, c’est quand même fou !). Et puis il est fun à entendre : les Coréennes l’enveloppent souvent d’une moue boudeuse et d’une voix haut perchée. Pour un étranger quel qu’il soit, c’est toujours un spectacle attendrissant. « Oppa » peut sembler anodin mais on devine rapidement qu’il ne s’agit pas d’un simple mot…

Car en effet, en effet ! « Oppa », c’est… tout un dispositif, disons. Lorsqu’il est utilisé entre personnes de la même famille, il tient de l’évidence et ne signifie rien d’autre. Autrement, il prend des sens multiples. Il serait grossier pour des Coréens de s’appeler par leur nom et prénom si l’on n’est pas très proche et si, surtout, l’on n’a pas le même âge (même un an, même un mois d’écart). On s’appelle par les fonctions que l’on occupe, professionnelle (« professeur », « patron d’entreprise », « patron de restaurant »…) ou bien alors par rapport à d’autres personnes (des femmes mariées se font appeler « épouse d’Untel » ou « maman d’Untel »…). « Oppa » suit le nom-prénom d’un garçon plus âgé d’une fille qui veut l’appeler ou parler de lui. S’ils ne sont que tous les deux, elle peut l’appeler simplement « oppa », il saura que c’est de lui dont elle parle. D’ailleurs, le garçon lui-même peut souvent inciter la fille à l’appeler de la sorte, ce qui donnera des phrases étranges et intéressantes dans lesquelles il ne parlera pas de lui à la première personne (« 나 » ; « je ») mais par « oppa » : « Ne t’inquiète pas, oppa fera ça pour toi », « Essaie de croire oppa », « Tu veux manger une glace avec oppa ? »… Et généralement, il accompagnera une telle phrase d’un ton à la fois doux et sévère, qui donne l’impression, d’un point de vue extérieur occidental, d’infantiliser quelque peu la demoiselle.

Afin d’en expliquer les rouages et les subtilités de l' »oppa-attitude », rien de tel que des exemples personnels. Et les voici :

Exemple n°1. La première fois que j’ai vraiment pris conscience du terme « oppa », c’était en 2009, au début d’un séjour de 3 mois en Corée. Vers 6h du mat’, j’allais faire du kendo (oui, c’est japonais, mais les Coréens en font aussi, on en reparlera) dans un espace très propre (pas un gymnase dégueu comme j’en avais l’habitude en France, non, un beau vrai dojo luisant et tout). Ne venaient à cette heure-là que des hommes de la trentaine-quarantaine (sauf un petit lycéen égaré) avant leur journée de travail. Dans leur cercle viril, ils se sentaient beaucoup moins intimidés que d’habitude et me parlaient ouvertement (toujours sauf le petit lycéen, qui lui ne savait pas où se mettre). C’est là que tout d’un coup, l’un d’eux a frappé plusieurs fois sur sa poitrine en répétant « oppa » avec un sourire narquois. Et les autres se sont mis à renchérir avec enthousiasme : « call me oppa ! », « me too, oppa ! ». Moi, j’ai rigolé un peu innocemment, ignorant encore que cette bribe de danse nuptiale groupée venait de me baptiser à mon insu par ce que j’ai appelé plus tard le Culte Suprême du Oppa. Ce groupe entièrement masculin trouvait sans doute rafraîchissant que la seule fille se mette à les appeler « oppa », puisqu’eux ne le peuvent pas (ils utilisent « 형 », « hyeong » = « grand frère » d’un point de vue masculin). Et encore plus exotique si c’est une étrangère qui s’y colle…

Exemple n°2. C’était en 2007, lors de mon premier voyage. Appelons-le « J » (non parce qu’il pourrait se reconnaître -il lui faudrait d’abord apprendre le français et tomber sur ce blog- mais parce que les prénoms figent trop une personne et que celle que j’évoque ici peut se retrouver un peu partout parmi les Coréens…). J était donc un jeune homme coréen typique, jamais sorti de son pays, parlant mal l’anglais mais faisant beaucoup d’efforts. Il étudiait à l’université, ce qui me semblait bien lointain vu que j’étais encore au lycée à cette époque. Comme je noyais une certaine tristesse dans l’alcool, tout le monde a vivement poussé J vers moi, l’encourageant à me consoler. Extrêmement intimidé, J n’a pas bronché pendant la soirée, puis s’est soudain levé en annonçant qu’il rentrait chez lui. Un peu déçue, j’ai continué de boire en ruminant des généralités bien dénigrantes sur la gent masculine. Quelle ne fut pas ma surprise de voir revenir J en courant, essoufflé, droit vers moi. Il m’a tendu une canette de jus bien fraîche, qu’il avait dû acheter dans un combini du coin, et l’a posée contre ma joue chauffée par l’ivresse. Il ne m’a rien dit de plus et, comme ça, me laissant ma canette dans les mains, est reparti aussi vite attraper son dernier métro. Je n’avais encore jamais vu un garçon consoler d’une façon aussi… adorable ? Et surtout efficace. À l’époque je croyais qu’il ne s’agissait que de lui, mais plus tard j’ai compris que c’est comme ça qu’un Coréen fait son « oppa » : même sans qu’on lui demande, même sans particulièrement chercher à flirter, le garçon se met à chercher des moyens simples et directs (en général, ça passe par la nourriture) pour que la fille aille mieux. En France, un homme a plutôt tendance à essayer de faire rire une fille en faisant le con. Mais souvent, c’est parce qu’il est attiré par elle, ou bien qu’elle est déjà son amie depuis quelques temps (ou bien il fait juste son show pour se valoriser lol). Un Coréen qui se voit présenter une fille plus jeune que lui (et surtout si les personnes qui la lui présentent sont plus âgées que lui-même), se voit incomber la tâche de prendre un peu soin d’elle. C’est un accord tacite qui se joue-là, qu’il faut savoir déceler si l’on veut mieux comprendre les Coréens et la société coréenne.

Exemple n°3. Toujours en 2007. Je sortais avec N, un musicien rencontré dans le parc de Hongdae. C’était le plus âgé du petit groupe et il en était le leader. Malgré notre difficulté à communiquer, malgré mon départ proche, nous sommes devenus un « couple ». Alors que je pensais que cela ne concernerait que nous deux, voilà que tous les autres de la bande se sont empressés d’être aux petits soins avec moi : si je soupirais que j’avais faim, N les envoyait m’acheter à manger, et ils revenaient avec plusieurs trucs différents pour être sûrs que quelque chose me plaise… Quand on se baladait, ils marchaient tous autour de moi comme des gardes du corps, et me raccompagnaient à ma guest house tard dans la nuit, me répétant qu’il pourrait y avoir des pervers et que je devais faire attention… En devenant la petite amie de N, j’avais l’impression d’avoir d’un seul coup 5 grands frères ! Si j’avais eu quelques notions de coréen à ce moment-là, je leur aurais montré ma reconnaissance (et les aurais conforté dans leur attitude) en les appelant « oppa ». Pour eux, se montrer protecteurs et attentionnés envers la petite amie de leur « hyeong » était tout à fait normal, vu le respect qu’ils vouaient à ce dernier. Pour moi c’était bizarre… mais, avouons-le, aussi très agréable !

Exemple n°4. L’été dernier, 2011, j’ai rencontré M, un beau grand Coréen que tout le monde prend pour un acteur et qui a l’air d’avoir 25 ans alors qu’il n’en a que 19 (d’habitude c’est l’inverse, les Coréens font plus jeunes que leur âge…). M a vécu longtemps en Allemagne, parle anglais comme un Américain et adore fréquenter des étrangers. Absolument pas timide et sûr de son succès, il drague sans subtilité aucune… Bref, tout ça a fait des étincelles entre nous (mais c’est une autre histoire). Parce que justement, alors que je parlais coréen, que je connaissais mieux la société, que j’étais habituée aux différents niveaux de langage, j’étais vraiment perturbée par ce Coréen plus très « coréen » et ne savais pas comment le cerner. C’est alors que lui aussi m’a balancé, tout frétillant « Call me oppa ! ». Prenant cela comme de la provocation de la part du petit merdeux qu’il est (aha, je règle mes comptes sur mon blog, c’est pas bien), je lui ai rétorqué qu’il était plus jeune que moi et que je n’avais aucune raison de l’appeler comme ça, que d’ailleurs c’était à lui de m’appeler « 누나 » (« noona », « grande soeur ») vu que j’avais 3 ans de plus que lui. Suite à quoi il m’a ri au nez et, bombant le torse, se penchant vers moi du haut de sa taille de mannequin (tsss), m’a répété « You have to call me oppa, I’m your lover ». Il n’en démordait pas. Le terme « oppa » pouvant donc aussi s’utiliser, tout simplement, par une fille envers son petit ami. J’avais déjà remarqué dans les films que l’on traduisait « oppa » par « honey » ou « chéri », mais je pensais que ça impliquait encore l’âge ou le statut. Dans ma relation avec M, j’avais beau m’en défendre, il voulait exercer sur moi un charme de mâle dominant, et souhaitait donc que le terme « oppa » confirme sa victoire. Si dans cette situation je l’accepte comme « oppa », c’est que je me mets sous « sa protection », que je le considère comme mon petit ami.

Exemple n°5. Dans le film « 조폭 마누라 », (« joppok manoola », « My wife is a gangster ») une parodie de la mafia coréenne (nous y reviendrons), j’avais été frappée par une scène où une hôtesse de bar enseigne à une femme garçon manqué  à séduire les hommes. Prenant des poses lascives, la bouche en coeur, elle susurre « oppaaaaa »… ce qui fait frémir de plaisir les intéressés autour d’elles. Ici, « oppa » renvoie directement au sexe : la position de la femme qui s’offre, s’abandonne à un homme, avec confiance et soumission. D’où la traduction de « oppa » en « honey », « chéri » dans les sous-titres. Dans tous les films montrant des voyous et gangsters coréens, leurs hôtesses/entraîneuses/prostituées les appellent toujours « oppa », même s’ils sont beaucoup plus jeunes qu’elles. Ici le terme implique carrément un rapport de force, et de genre, et de statut. Ces femmes sont leurs « choses ». Leur corps n’est fait que pour le plaisir des hommes, leurs maquereaux comme leurs clients (qu’elles racolent par de vifs « oppa » très suggestifs).

(Ci-dessous l’extrait en question de « My wife is a gangster »)

Savoir manier le « oppa » n’est pas une mince affaire, surtout pour une fille élevée à la française avec des notions d’égalité entre les sexes, et une tendance (comme moi) à ne pas essayer de soutirer des choses aux hommes. Dans mes relations amoureuses avec des Coréens, j’en ai vexé plus d’un en refusant qu’ils me portent mon sac ou qu’ils payent systématiquement le repas. En voyant des Coréennes se comporter parfois comme des petites princesses m’agaçait, tout comme j’avais ensuite envie de frapper le type qui, après avoir acheté tout ce qu’elle voulait à la fille, l’entraîne dans un hôtel en considérant que ça y est, quelque chose lui est dû en retour. Donc, pour ma part, je suis peu démonstrative en matière de « oppa » et me méfie de ceux qui le réclament comme un bonbon vital. Cependant, j’ai appris, avec le temps, à me montrer moins rigide et agrippée à mes convictions. Faire perdre la face à son petit ami juste pour avoir essayé de payer à sa place au resto est dommage, surtout quand on commence à comprendre la mentalité coréenne et que l’on souhaite la respecter. Parfois il faut savoir mettre son orgueil d’occidentale de côté et… se laisser entretenir inviter par de gentils oppa ^^

(Oui, une femme peut encore appeler son mari « oppa » même après des années de vie commune…)

J’espère, avec ces quelques exemples (j’en ai encore beaucoup d’autres) avoir pu expliciter un peu le terme banal, ambigu, familial et familier, à la fois bénéfique et malsain, de « oppa ». J’ai vu dans un autre film (mais, honte à moi, je ne me souviens plus du titre !) deux lycéennes discuter : la première a vu la seconde se chamailler avec un homme et demande de qui il s’agit ; la seconde répond « 그냥 오빠 이야 » (« keunyang oppa iya » ; « c’est rien, juste un oppa ») et la première lui rétorque avec un sourire narquois « C’est ce qu’elles disent toutes… ».

(Credits des illustrations ICI)

GRÂCE À LA POSITION DU « OPPA », L’HOMME PEUT ENFIN DEVENIR MULTI- FONCTIONNEL ! AHAHA

(Petit conseil aux hommes : savourez quand une fille vous appelle « oppa » mais évitez de vous faire avoir ^^)

Une chanson que j’adore et qui donne une petite idée de ce qu’est un « oppa » (bon, c’est du trott, hein) : « 오빠 그런 사람 아니다 » (« Oppa n’est pas ce genre d’homme ») by DJ DOC

En gros, un homme qui essaie de rassurer une fille pendant la soirée en lui disant qu’elle peut boire, s’amuser, qu’elle ne doit pas s’inquiéter, qu’il ne boira pas et la ramènera chez elle sans faute, qu’elle doit le croire, il lui promet qu' »oppa n’est pas ce genre d’homme ». De la part d’un autre je me méfierais, mais venant d’un Coréen… c’est mignon, non ?

Kim Kiduk, alias Kim Ki-Duk, alias Kim Kideok, alias Kim Ki-Deok… bref, 김기덕.

      

Vous connaissez sûrement ce réalisateur sud-coréen petit, pas hyper beau mais a l’air bonhomme, rafleurs de plusieurs prix à l’étranger notamment au Festival de Cannes… si, si vous le connaissez ! C’est lui qui a fait « Printemps, été, automne, hiver… et printemps » (« 봄 여름 가을 겨울 그리고 봄 », « Bom yeoleum gaeul kyeowool keuligo bom« ). Les spectateurs occidentaux le (re)connaissent à travers ce film imprégné de bouddhisme, très contemplatif, coloré, lent, délicat et… ignorent en grande majorité le reste de sa filmographie plutôt brutale, violente, sanglante et parfois même… indigeste.

Le jour où j’ai nommé mon disque dur « Kim Kiduk », c’était pour me remémorer les 5 années d’effroi, d’admiration et de passion que j’ai éprouvé pour ce réalisateur. Si vous trouvez cela un peu farfelu (bah oui, pourquoi ne pas simplement coller un post-it sur le mur avec un gros coeur ?), allez fouiller dans le bureau d’un professeur de cinéma, d’un technicien ou autre, vous constaterez que c’est d’usage courant (quand même plus sympa que « N°1 » et « N°2″… là je viens d’acquérir un second disque dur, que j’ai appelé « Park Chanwook » -« 박찬욱 »-… je récidive ^^) !

Bref. Kim Kiduk, j’en suis fan depuis le lycée (oui, vous savez, cette période sombre et tempétueuse où vous avez besoin de vous accrocher solidement à des gens que vous déifiez carrément pour vous échapper de votre triste réalité). Le premier film que j’ai vu de lui, c’était « Locataires » (« 빈집 », « binjip », qui ne signifie pas « locataires » mais « maison vide »). Je me souviens, ce jour-là, d’être sortie du cinéma MK2 Beaubourg émerveillée, me répétant « Kim Kiduuuk » en prononçant bien le « u » à la française, et me disant que, malgré mon hostilité envers la Corée (voir passage du flash back), tout ça m’avait l’air plutôt intéressant…

À l’époque j’étais à fond dans Akira Kurosawa et Wong Kar Wai. « Kim Kiduk », c’est un nom que j’ai retenu (peut-être à cause de l’allitération en « k », allez savoir avec les gens des filières littéraires), que j’ai alors décidé d’explorer. Quand par hasard s’est pointé un autre de ses films à la télé, je l’ai tranquillement regardé avec ma mère sur le canapé… enfin, pas si tranquillement que ça : il s’agissait de « Bad Guy » (« 나쁜 남자 », « Nappeun namja »), l’histoire platonique mais assez malsaine et violente entre une étudiante forcée à se prostituer et un voyou voyeur (ça suffit, les allitérations !). Peut-être n’étais-je pas assez mûre, pas assez ouverte d’esprit, bref, il me manquait les clés pour saisir le véritable sens de ce film, et surtout sa profonde, féroce, immense beauté. À ce moment-là, je m’en suis retournée à Kurosawa et Wong Kar Wai (ça tombait bien, WKW était notre sujet du Bac Cinéma, ce qui m’a été très très très bénéfique, mais là n’est pas le sujet…). Ce n’est que plus tard, grâce à un livre, que j’ai pu me lancer de nouveau dans l’exploration de la filmographie Kim Kiduk. Au Centre Culturel Coréen de Paris, j’ai vu ses premières oeuvres, d’une brutalité maladroite, comment il a osé montrer la cruauté du monde par la cruauté des scénarios et des images, sans faux-semblants, avec la volonté, comme il le dit en interview « de faire réfléchir les gens sur ceux qui ont fait mal à la Corée, aux Coréens« . Bouleversée, impressionnée, convaincue jusqu’au fond de mes entrailles de son originalité et de sa splendeur, j’ai décidé de faire mon mémoire de licence sur son cinéma.

Interrogeant tous les Coréens/Coréennes que je rencontrais, j’entendais souvent Kim Kiduk dénigré, voire ignoré avec mépris. Bien sûr, il a des inconditionnels adeptes en Corée aussi, mais personnellement j’en connais très peu. En France, il est généralement aimé, mais toujours pour les mêmes films, ses plus « softs ». Moi, il a donné un coup de jus à ma cinéphilie (comme beaucoup d’autres cinéastes coréens, mais nous y reviendrons) et à mes ambitions. « C’est donc possible de faire des films comme ça ? » me suis-je dit. Et alors, je me suis lâchée dans mes scénarios, et dans mon désir de voir du cinéma qui privilégie les personnages marginaux, le silence, le cadre, le regard et le hors champ.

Kim Kiduk est né en province, a travaillé très jeune dans une usine, a effectué son service militaire dans la Marine, puis a séjourné dans un temple bouddhiste avant de partir voyager en Europe, vendant ses peintures dans la rue, commençant à aller au cinéma… puis a écrit un scénario à son retour en Corée et à gagné un prix, qui a lancé sa machine bouillonnante de créativité et l’a amené jusqu’à aujourd’hui, auteur d’une vingtaine de films, tous tournés à la suite, presque avec frénésie :

악어 (« Ageo »  – « Crocodile », 1996) : scénariste et réalisateur. 

야생둥물 보호구역 (« Yasaengdoongmool bohogooyeok » – « Wild Animals », 1996/97) : scénariste et réalisateur.

파란대문 (« Ppalan daemun »  – « The Birdcage Inn », 1998) : scénariste et réalisateur.

실제상황 (« Shiljae sanghwang » – « Real Fiction », 2000) : scénariste et réalisateur.

 – (« Seom » – « L’Ile », 2000) : scénariste et réalisateur.

수취인불명 (« Suchwiin bulmyeong »« Adresse inconnue », 2001) : scénariste et réalisateur.

나쁜 남자 (« Nappeun namja »  – « Bad Guy », 2001) : scénariste et réalisateur.

해안선 (« Haeanseon » – « The Coast Guard », 2002) : scénariste et réalisateur.

여름 가을 겨울 그리고 (« Bom, yeoleum, gaeul, kyeowool keuligo bom » – « Printemps, été, automne, hiver… et printemps », 2003) : scénariste, réalisateur, acteur et monteur.

 –사마리아 (« Samalia » – « Samaria », 2004) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 – (« Bin jip » – « Locataires », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Hwal » – « L’Arc », 2005) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

시긴 (« Shigan » – « Time », 2006) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

(« Soom » – « Souffle », 2007) : scénariste, producteur, réalisateur, acteur et monteur.

비몽 (« Bi mong » – « Dream », 2008) : scénariste, producteur, réalisateur et monteur.

 –영화는 영화다 (« Yeonghwa neun yeonghwa da » – « A movie is a movie » – 2008) : producteur uniquement.

 –아름답다 Areumdapta » – « Belle » 2008) : idée originale et producteur.

 –아리랑 (« Arirang », titre de la chanson traditionnelle la plus connue de Corée du Sud comme de Corée du Nord, véritable symbole de la mélancolie patriotique ; 2011, a reçu un prix dans la catégorie Un Certain Regard à Cannes).

– 풍산개 (« Ppoongsanggae », c’est le nom du chien national de Corée du Nord, 2011) : collaboration prévue de Kim Ki-Duk avec le réalisateur Jang Hoon, mais Jang Hoon s’est engagé sur un autre film et a finalement refusé de tourner « Ppoongsanggae ». 

Kim Kiduk, la vie l’a jeté hors des sentiers battus, empêché de recevoir une formation au cinéma, pas comme le tout aussi génial Lee Changdong (qui a fait « Poetry » -« 시 », la gloire de Cannes), l’a sûrement malmené pour le faire cracher le meilleur de lui-même. En cela il est, pour moi, quelque part, la métaphore de la Corée du Sud. Et il est, et sera pour toujours, bien l’une de ses multiples figures. À présent que le courant l’emporte au large (on va croire que je compose un requiem, alors qu’il est encore sur ses deux pieds, un ami à moi l’a croisé dans le métro après Cannes -je l’aurais tué, cet ami, mais bon- !!), pensons encore à Kim Kiduk, espérons qu’il ne s’abaisse pas à se formater aux goûts d’un public trop pourri de capitalisme et réclamant des fictions trop embellies, souhaitons qu’il nous balance encore ses films, comme des éclats de verres, pour mieux nous érafler, nous perturber, nous transformer, nous amener à de nouvelles dimensions où « il est impossible de savoir si le monde dans lequel nous vivons est rêve ou réalité » (dixit lui-même dans un panneau de « Locataires »).

 

Kim Kiduk, ne mets pas trop vite la tête sous l’eau comme la femme de la plage, dans cette scène récurrente à travers tes films, et continue plutôt de nous embarquer, comme dans le camion-bordel de « Bad Guy », vers un inconnu amer et palpitant !!!

 

… peut en dire long sur le film (et prouver la valeur du travail de composition, de cadrage, de lumières etc). J’adore capturer aussi un sous-titre avec.

Inglorious Basterds, de Quentin Tarentino

 

(Note : beaucoup de fonctions occupées par les gens ne distinguent pas le masculin et le féminin. Tradition débile oblige, j’ai mis la traduction au masculin. Et… ma romanisation du hangeul est approximative, hein… La liste est non exhaustive, elle s’allongera au fur et à mesure. Si vous souhaitez compléter, je vous en prie ^_^)

영화 yeonghwa : film, cinéma

극장 keukjang : cinéma (le lieu)

드라마 deulama : drama (série télévisée)

텔레비전 tellebijeon : télévision

프로그램 ppeulogeulam : programme

시나리오 sinalio = 각본 kakbon : scénario

시나리오작가 sinalio jagka = 각본작가 kakbon jagka : scénariste

감독 kamdok : réalisateur

생산자 saengsanja : producteur

배우 baewoo : acteur

스텝 seuttaep : staff

기술팀 kisoolttim : équipe technique

픽션 ppiksyeon : fiction

더큐 deokyoo : documentaire

단편 tanppyeon = 셧컷 syeottkeot : court-métrage

장편 jangppyeon : long-métrage

연출 yeonchool : mise en scène

등장인물 tteungjanginmool : personnage

남주인공 namjooingong : héros

여주인공 yeojooingong : héroïne

촬영 chwalyeong : tournage

촬영장소 chwalyeongjangso : lieu de tournage

세트를 짓다 saetteuleul jittda = 세트를 세우다 (plus naturel) saetteuleul saewooda : construire le décor

대한 daehan wanhan 이야기 : une histoire à propos de…

초점 맞추기 chojeom machugi = 포커스 랑 ppokeoseu lang : mise au point

영화제 yeonghwajae : festival de cinéma

공연 kongyeon : spectacle

제목 jaemok : titre

자막 jamak : sous-titres

 

« You’re beautiful »

« 드라마들을 싫다 ». « Je n’aime pas les dramas ».

C’est ce que je répète aux nouveaux Coréens/Coréennes que je rencontre afin qu’ils/elles évitent de croire que je suis la (désormais légendaire) vague Hallyu. C’est une phrase qui sort de mes lèvres un peu brutalement, par peur d’être jugée après avoir déclaré « 한국 너무 좋아 », « J’adore la Corée ». Parce que, quand les Coréens/Coréennes ne s’étonnent pas que l’on s’intéresse à leur pays, c’est qu’ils ont déjà l’habitude de voir arriver des fans de Kpop et de dramas, prêts à leur balancer des « oppaaaa » et des « ppaegooppa » à tout va.

Donc, pour casser d’emblée cette potentielle image qui se dessine dans leur esprit, je sors cette réplique comme bouclier. Sauf que, non seulement c’est maladroit (parce qu’en Corée les domaines culturels sont si nettement connectés que renier le drama consiste à dénigrer une grande partie de la population comme les stars qui y passent forcément à un moment donné), mais en plus c’est faux. Il y a des dramas que j’aime. Même si, par définition, le drama est l’anti-cinéma, je crois en ses bienfaits et suis capable de l’apprécier.

Ce que j’entend par « drama » ce n’est pas « série ». Car ce n’est pas la même chose de mon point de vue. La série coréenne, c’est genre « IRIS », un gros truc avec effets spéciaux, multi personnages, rebondissements, etc… (nous y reviendrons). Non, pour moi le drama ce n’est pas tant les violons qui s’en mêlent (y a de sacrées scènes cucu dans « IRIS ») mais dans quoi est mis le budget.

Quand la lumière est naze, quand toute la narration passe par les dialogues (avec des flash backs pourris de ce qu’on a vu deux secondes avant) et que ça discute en interminable champ contre champ… non, ce n’est pas Ozu (là je suis sûrement sacrilège), c’est du drama, si vous mettez comme décor tout ce qu’il y a de plus luxueux et de kitsch et de musique tout ce qu’il y a de plus sirupeux. Car le drama, ça met son argent dans des hôtels, des appartements et maisons pas crédibles (ou plutôt show rooms), ça fait se déplacer les persos dans des bagnoles pas possibles et leur fait porter des habits de luxe. Et ce n’est pas tout…

Base du drama (adaptable à toute période historique et tout thème)

ELLE, alias JEUNE FILLE PURE

– est pauvre : c’est très rare que ce soit un « il », parce que l’effet Cendrillon fonctionne mieux.

– a vécu la perte de la mère ou du père. Parfois des deux.

– vit dans le Monde Commun : mais dans un Cocon Nacré bien à elle, souvent un appartement censé être pauvre (à croire que les réalisateurs de dramas n’ont jamais vu un vrai appartement pauvre) qu’elle partage souvent avec une Amie Neutre ou alors son dernier parent restant qui est affaibli ou malade.

– est toujours optimiste et prend sur elle : quand elle a un peu de caractère, c’est évidemment pour la bonne cause (défendre le plus opprimé qu’elle). Par défaut, elle respecte tout le monde, surtout ceux qui la traînent dans la boue comme la Méchante Dame. Tout ça parce qu’elle croit en son Rêve.

– est innocente et pure : n’a jamais eu de relation amoureuse avant, et doit absolument s’offusquer du Premier Baiser, oui, même si elle a 34 ans (voir « Baby Faced-Beauty » si vous ne me croyez pas). Ne s’habille jamais pour charmer et peut se comporter comme un garçon manqué.

– a un Rêve qui dépasse sa condition sociale. Il doit aussi rester pur jusqu’au bout, au point qu’elle accepte de l’abandonner pour prouver qu’elle sait se sacrifier. Bel exemple de l’attitude idéale que doit adopter la femme coréenne. Mais le Sale Beau Gosse empêchera son sacrifice.

LUI, alias SALE BEAU GOSSE

– est riche : c’est rare que ce soit un « elle », parce que l’effet… oui, bon, on a compris. Riche, de bonne famille et d’agréable constitution physique bien sûr. Il est l’objet de convoitises dans le Monde Superficiel comme dans le Monde Commun.

– a une attitude d’enfant pourri-gâté : c’est le seul élément logique du drama. Il se comporte mal parce qu’il possède tout. Il tombe amoureux de la Jeune Fille Pure car soit elle l’attendrit par sa bêtise, soit c’est la seule à lui faire la morale. Soit les deux.

– a un problème que personne autour de lui n’arrive à résoudre : un trauma qui compromet son destin d’héritier d’un empire financier, un caractère égoïste ou asocial, une mésentente avec le Patriarche, une solitude extrême, un chagrin d’amour (avec la Princesse Vaine)… Seule la Jeune Fille Pure pourra l’en sauver.

– vit dans le Monde Superficiel : il y est souvent un peu rebelle, pour le mettre en contraste avec le Prétendant.

LE PRÉTENDANT (il peut y en avoir plusieurs) :

C’est une sorte de double pour le Sale Beau Gosse, car il est souvent de la même famille, du même âge, du même statut social, sauf qu’il n’est pas rebelle au Monde Superficiel. Indispensable pivot de l’histoire, il est le premier du Monde Superficiel à bien s’entendre avec la Jeune Fille Pure. Ainsi, il accélère le processus amoureux car il se pose en rival du Sale Beau Gosse, qui va donc tenter de s’accaparer la Jeune Fille Pure. C’est le plus illogique du drama : il n’a pas de problème, il a tout pour réussir mais il fond quand même pour la Jeune Fille Pure, cette dernière finissant par lui préférer le Sale Beau Gosse. En général, le Prétendant le prend bien. Un vrai gentlemen.

L’AMIE NEUTRE

Pas nécessaire, c’est une figure qui peut prendre différents âges, souvent de sexe féminin. Généralement, c’est la colocataire, la soeur ou la voisine de la Jeune Fille Pure. Pas aussi pure qu’elle mais gentille quand même, elle est le témoin de l’action et écoute la Jeune Fille Pure lui raconter ses malheurs. Elle n’y peut rien, bien sûr. Parfois, elle fait des bourdes qui compliquent les choses. Elle peut aussi servir de comique de situation. Elle est un peu plus bête que la Jeune Fille Pure, donc il lui arrive de croire qu’elle est aimée du Sale Beau Gosse quand il vient au Cocon Nacré pour voir la Jeune Fille Pure. Mais quand elle se rend compte qu’il n’en est rien, elle le prend bien. Après tout, elle est neutre.

LA PRINCESSE VAINE

Double féminin du Sale Beau Gosse et s’est faite aimer de lui, même parfois du Prétendant. Elle croit qu’elle domine le Monde Superficiel mais se rend compte, après l’arrivée de la Jeune Fille Pure, que tout lui échappe. Alors elle va multiplier les excès de rage (illustré par un talon cassé ou un par égarement dans le Monde Commun) et les coups bas envers la Jeune Fille Pure. Elle va finir par comprendre la leçon quand le Sale Beau Gosse se retournera contre elle. Parfois, elle devient gentille et peut bénéficier de l’amour du Prétendant, et tous deux se consoleront ensemble de leur défaite.

LE PATRIARCHE

La figure de l’autorité, souvent père du Sale Beau Gosse. Caractère assez buté et impulsif, typique du maître de famille abusif. Il sera un obstacle pour la Jeune Fille Pure à un moment donné, mais ce sera souvent malgré lui (manipulation de la part de tiers, notamment de la Méchante Dame). Mais au fond, ce n’est pas un si mauvais bougre et il reconnaîtra « l’union » entre le Sale Beau Gosse et la Jeune Fille Pure (il faut bien qu’il donne son nom à la lignée…).

LA MÉCHANTE DAME (il peut y en avoir plusieurs)

Fait obstacle à la Jeune Fille Pure du début jusqu’à la fin. Plus assez jeune pour aimer ou rêver, elle est le résultat de la Princesse Vaine qui s’est sacrifiée à la manière de la Jeune Fille Pure. Et qui regrette son sacrifice. Elle peut être mère du Sale Beau Gosse, du Prétendant ou encore de la Princesse Vaine. Elle se venge de la vie en écrasant le faible et en manipulant le fort. Elle ne supporte pas que la Jeune Fille Pure réussisse là où elle-même a eu du mal à parvenir. La seule fois qu’elle se rend dans le Monde Commun, c’est pour menacer la Jeune Fille Pure (en cherchant aussi à la soudoyer et lui jeter de l’eau à la tête si celle-ci refuse). C’est l’image mythique de la belle-mère, qui reste digne dans le Mal.

LE MONDE SUPERFICIEL

Entreprise, empire financier, royaume… Peut prendre toutes les formes. C’est le bassin plein de requins dans lequel va être jetée la Jeune Fille Pure, et dont elle va évidemment en révolutionner l’ordre. Le Monde Superficiel est cité de façon hyper récurrente, par des plans de la même façade pendant tout le drama ou encore, plus subtil, par les médias qui en parlent. C’est pour rappeler où l’on se trouve, au cas où, d’une scène à l’autre, on aurait oublié…

LE MONDE COMMUN

Où vivent les prolétaires et la Jeune Fille Pure dans son Cocon Nacré. Le Sale Beau Gosse finit par s’y rendre par amour pour la Jeune Fille Pure, ou par y tomber sans faire exprès. C’est ainsi qu’il y comprend des Atroces Vérités subies par la Jeune Fille Pure au quotidien.

LES VISITES À L’HÔPITAL

Innombrables. Elles servent à tout, notamment pour régler une situation bloquée ou pour attendrir un personnage trop méchant. Elles surviennent quand on s’y attend, quoi. Et c’est toujours la même chambre.

LES PELUCHES

Tout est dans le titre.

LES ATROCES VÉRITÉS

Du point de vue des personnages du Monde Superficiel, ce sont tous les éléments qui peuplent le quotidien des gens du Monde Commun : manger du porc avec les doigts, dormir sur un matelas à même le sol, aller au supermarché, porter le même vêtement plusieurs fois, etc… Exotisme social ?Le visage du Sale Beau Gosse passe, en général, de l’étonnement à la compassion pour la vie de prolétaire dont il n’avait jamais, jusque-là, soupçonné l’existence. Ces Atroces Vérités l’aideront à évoluer.

LE PREMIER BAISER :

– action du Sale Beau Gosse quand le Prétendant menace ses plates-bandes. La Jeune Fille Pure ouvre de gros yeux ronds pour montrer qu’elle est sous le choc. Puis elle reprend ses esprits en envoyant valser le Sale Beau Gosse qui en veut à sa chasteté. C’est son unique occasion de manifester une véritable hystérie avec moult coups et insultes.

– si accidentel, c’est la même chose : le pauvre type se fait tabasser. En Corée on ne plaisante pas avec la Pureté. Et c’est une bonne occasion de faire une Visite à l’Hôpital.

Bref, je n’aime pas les dramas. Mais je ne les déteste pas. Après tout, c’est une arme redoutable contre l’ennui (c’est long), contre la déprime (c’est fun) et contre la solitude (ça se partage facilement). Ça permet aussi d’écouter régulièrement du coréen de tous les jours plutôt que des insultes de films de gangsters (je dis ça pour moi). Et puis si on en a marre on arrête, de toute façon on connaît la fin : la Jeune Fille Pure et le Sale Beau Gosse finissent ensemble. Ainsi va le monde.

« Goong »

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